Bruxelles

Sur l'avenue de Béjar, les curieux se pressent pour assister au «coup d'envoi» du dynamitage des deux derniers bâtiments des anciennes Cokeries du Marly. La circulation, le long du canal Bruxelles-Escaut, est interrompue et la police a défini un périmètre de sécurité.

Outre la présence de Brigitte Grouwels (CD&V), secrétaire d'Etat en charge du Port de Bruxelles, et de la presse, de nombreux riverains, armés de leur appareil photo, sont venus assister à ce spectacle hors du commun. «On aurait dû installer des gradins», plaisante Fabrice Cumps (PS), président du conseil d'administration du Port, «ou vendre des tickets», renchérit Charles Huygens, directeur du Port de Bruxelles.

Un papa passe avec un gamin casqué. Les sirènes retentissent. L'attention est à son comble. Chacun retient son souffle. Une terrible déflagration retentit. La tour de broyage (33m) s'effondre. Puis, une deuxième explosion fait s'écrouler la tour à charbon (39m). Charles Huygens est soulagé: «Tout s'est passé comme prévu», dit-il, en faisant allusion à l'incendie qui s'était déclaré en 2003, pendant la démolition d'autres tours. Et qui avait suscité la polémique entre les autorités bruxelloises et la Région flamande.

«C'est impressionnant», s'exclame, ému, Belarmino Calleja, ancien électricien de Carcoke. «Je me rappelle quand je montais dans les cheminées pour changer les lampes», se souvient-il. Avec cette démolition s'envole une partie de sa vie, mais aussi les dernières ruines des anciennes Cokeries Marly.

En 1993, Carcoke, filiale de Cokerill Sambre, fermait ses portes. «Cela a vraiment été un coup dur », explique Charles Huygens. «Cette entreprise représentait un demi-million de tonnes du trafic par voie d'eau et employait 300 personnes», ajoute-t-il. Complètement abandonné, le site est racheté par la Région bruxelloise en 2002 pour un euro symbolique. Elle le met ensuite à la disposition du Port, en mai 2003, pour 50 ans.

«Notre objectif est d'araser le terrain jusqu'à 30cm», raconte Charles Huygens. Et de poursuivre, «nous avons lancé un appel à candidatures pour octroyer une concession de travaux publics portant, à la fois, sur la dépollution, la reconstruction d'un centre logistique et l'exploitation de l'ensemble du site». Des opérations pour lesquelles la Banque européenne d'investissement (BEI) a concédé un prêt de 22,5 millions d'euros.

Fin des travaux en 2007

Les douze hectares de Carcoke représentent un enjeu majeur. «Avec les entreprises qui s'y installeront, nous souhaitons augmenter de 250000 tonnes par an le trafic sur le canal maritime (NdlR: il est accessible aux navires de mer) et créer autant d'emplois que ceux perdus en 1993», confie le directeur.

Pour ce faire, la chaussée de Vilvorde sera remplacée par des quais, avec espaces de chargement des bateaux. Et le trafic routier sera reporté à l'arrière du zoning. Quais et voiries devraient être aménagés pour fin 2007. «Si tout se passe normalement», note Charles Huygens.

© La Libre Belgique 2005