Bruxelles Entretien

Secrétaire d’Etat chargé de l’Urbanisme et de la Propreté publique à Bruxelles, Emir Kir (PS) a "doublé" ses compétences à la Cocof par rapport à la législature précédente. Parmi les gros dossiers qui occuperont le Tennodois, la formation arrive en tête.

Bruxelles doit faire 300 millions d'économie. La rentrée politique est plutôt morose...

Toutes les politiques sociales vont compter avec cette crise. Notre grand objectif, c’est de mieux réussir les politiques de l’Emploi et de la Formation. Il y a un taux de chômage énorme à Bruxelles, il frôle les 30 % chez les jeunes. On peut expliquer ce taux élevé par l’échec scolaire. Mais il y a aussi des facteurs spécifiques à Bruxelles où il y a davantage d’emplois dans le secteur tertiaire et où l’exigence de l’autre langue nationale est beaucoup plus élevée qu’ailleurs. Cette situation crée un malaise social, dont la délinquance est le premier signe.

Quels seront les axes de votre politique au niveau de la Formation ?

Il y a tout d’abord un volet "langue" avec une lutte contre l’analphabétisme et une volonté de formation bilingue et multilingue. Nous allons ensuite faire attention aux formations des métiers en pénurie (infirmière, électromécanicien, mais aussi les comptables de qualité, les infographistes), aux professions d’avenir, notamment celles liées à la filière verte (monteur de panneaux solaires, isolation de bâtiment, etc.). Il y a là un gisement d’emplois énorme. Une attention particulière sera également consacrée aux métiers dits "urbains" (Horeca, tourisme, vente et événement). Nous voulons aussi développer des formations courtes qui, en trois à six mois, offrent un métier à la clé, comme celui de coffreur maçon dans le secteur de la construction. Enfin il faut davantage s’engager dans l’orientation professionnelle. Orienter un jeune vaut plus qu’un simple entretien.

Ces politiques demandent des moyens. Où les trouver en cette période de rigueur budgétaire ?

Je pense que le défi de la mise à l’emploi et de la formation doit occuper tous les esprits des ministres du gouvernement bruxellois. C’est une vraie priorité. Il faut être logique : le Contrat de projet professionnel (CPP) va être rendu obligatoire pour les jeunes de 18 à 25 ans, or on ne peut pas forcer des jeunes à suivre des formations s’il n’en existe pas sur le marché . Il faut que ce CPP obligatoire soit perçu comme quelque chose de positif et non répressif.

Il faut pourtant faire des économies...

Il y aura toujours moyen d’étaler certains projets - notamment d’infrastructures - dans le temps, mais les services de proximité sont indispensables. Sans oublier qu’il faut nous donner les moyens de faire face au défi démographique qui nous attend à Bruxelles. Je pense au soutien à la petite enfance, aux écoles, Mais il faut aussi promouvoir les infrastructures d’accueil pour les personnes âgées car Bruxelles a une pyramide d’âge particulière où on retrouve énormément de jeunes mais également de nombreux pensionnés. Durant cette législature, on ne fera pas que des économies et surtout pas en terme de formation.

Ces politiques sont-elles réalisables sans un refinancement de Bruxelles ?

On doit prouver que l’on peut gérer la Région bruxelloise avec les moyens du bord, mais c’est évident que Bruxelles doit être traitée autrement. Les Bruxellois rapportent plus aux Flamands et aux Wallons et en retour ils reçoivent moins de subsides du Fédéral. Ce refinancement est dans l’intérêt des Bruxellois, mais aussi de la Belgique, car Bruxelles c’est le rayonnement de tous. Si nous n’obtenons pas de refinancement, ce sera difficile. Mais on doit continuer à se battre pour obtenir ces moyens supplémentaires et rester optimiste. Si on ne l’est pas en début de législature, on ne le sera jamais !

Au défi démographique s'ajoute celui de gérer une ville devenue de plus en plus multiculturelle.

De cette diversité, on doit faire une force, une richesse. Via différents projets dans le cadre de l’Action sociale, nous allons nous atteler à promouvoir à la fois l’intergénérationnel et l’interculturel dans un même quartier. Il faut continuer à mettre en avant une citoyenneté belge ou bruxelloise, mais qui ne va pas contre les identités d’origine des personnes.

Dans les faits, cela ne semble pas toujours évident...

Les résultas ne sont peut-être pas encore optimaux, mais c’est déjà mieux qu’en France et le modèle des cités à la périphérie des villes. Il faut malgré tout s’alarmer de ce qui est en train se passer dans certains quartiers, et apporter des réponses adéquates en veillant à plus d’accompagnement social de ces jeunes, et en investissant dans la restauration urbaine. Mais on doit aussi pouvoir profiter de ses opportunités multiculturelles. La rue de Brabant est, par exemple, l’une des rues les plus visitées du Royaume - on y vient aussi des Pays-Bas et de France- parce qu’elle est teintée d’Orient.

Durant la campagne électorale, on a reproché à un président de mosquée d'inciter à voter pour vous. D'aucuns vous présentent comme le "ministre" de la communauté turque à Bruxelles.

Oui, c’est un "truc" qui reviendra toujours pour certains. Sans doute parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire ou à écrire. Je vous rassure : je travaille pour le bien de tous les Bruxellois et ma seule spécificité, c’est de favoriser la concertation. En politique, le travail d’équipe c’est la réussite.