Bruxelles

Cela sera une grande nouveauté dans la capitale : les festivités du passage à l’an neuf seront centralisées autour de la place de Brouckère. C’était là un des vœux du bourgmestre Yvan Mayeur (PS), qui appuyait ainsi ses projets de revitalisation du centre-ville.

Ce choix impliquait donc que l’on déplace le lieu du lancement du feu d’artifice, qui est de tradition à Bruxelles depuis quelque vingt-cinq ans. Tiré initialement du Cinquantenaire, il a été déplacé quelques années plus tard au Mont des Arts. Il sera à nouveau déplacé cette année pour faire du trio Bourse, place de la Monnaie, place de Brouckère le centre de l’activité.

Le service d’incendie a été invité à rédiger un rapport sur cet événement.

"Nous avons été invités à formuler un avis consultatif. Il est négatif. La décision du feu d’artifice à la place de Brouckère est une décision des - et seulement des - autorités de la Ville de Bruxelles. Nous enverrons cependant les moyens nécessaires pour la protection des personnes", se borne à dire Pierre Meys, porte-parole des pompiers. Il confirme ainsi une information de Sudpresse.

M. Meys ajoute toutefois que la Santé publique a également émis un avis négatif, mais qu’elle enverra néanmoins des ambulances (Croix-Rouge ou pompiers).

Mais il ne veut pas en dire plus, se refusant à détailler le pourquoi de cet avis négatif.

L’embarras des pompiers

Ce qui, d’une certaine manière, témoigne bien de l’embarras du service d’incendie et d’aide médicale urgente (Siamu) de la région de Bruxelles-Capitale, qui avait émis des avis positifs pour les tirages du Mont des Arts. Il est en effet peut-être difficile de remettre explicitement en cause le choix du bourgmestre de Bruxelles, qui mise tant sur de Brouckère.

Des hommes du feu remontés

Cette prudence de la direction du Siamu n’est pas de mise du côté syndical. Eric Labourdette (SLFP) n’emploie pas de gants. "Nous sommes très inquiets. Cela risque de prendre feu. On nous demande notre avis à nous, professionnels de la sécurité et on ne nous écoute pas !", s’emporte-t-il. Et d’affirmer que les hommes qui seront déployés sur place se demandent ce qu’ils pourraient bien faire si cela se passe mal. "Le 31 décembre, c’est déjà très chaud : on n’avait pas besoin de cela", dit M. Labourdette.

Yvan Mayeur ne souhaite pas réagir personnellement, dit mardi son cabinet. Il renvoie vers Brussels Major Events, parapublic qui organise aussi le feu d’artifice, Plaisirs d’hiver ou le Brussels Summer Festival (BSF).

Son directeur, Olivier Mees, tient à relativiser cet avis des pompiers. "C’est pratiquement impossible d’obtenir un avis positif des pompiers pour un nouvel événement dans un nouveau site", dit-il, relevant que le BSF a attendu plusieurs éditions avant d’obtenir un avis positif.

Et il insiste : "Nous respecterons leurs recommandations, dont la première est le risque de compression de foule. Il y aura des zones tampons et de dégagement. L’artificier suivra aussi les recommandations pour son tir."

Et il le répète : les pompiers sont dans leur rôle mais "le projet du bourgmestre est de rendre aux Bruxellois la place de Brouckère. Il a raison".

© DR


Trois questions à Marc Gilbert, président de la Fédération royale des corps de sapeurs-pompiers de Belgique.

Quelle est la portée d’un avis rendu par les pompiers ?

L’avis des pompiers est technique et consultatif. La responsabilité reste chez le bourgmestre : il est responsable de la sécurité sur son territoire. Il peut donc passer outre à cet avis. Mais cela implique que, s’il y a un blessé ou un mort et qu’il apparaît que l’on n’a pas respecté le rapport négatif des pompiers, rédigé après analyse des risques, c’est lui qui sera civilement responsable.

Les avis des pompiers sont-ils généralement suivis ?

Tout dépend des bourgmestres. La plupart sont très vigilants. Dans mon expérience, centrée sur Sambreville, les bourgmestres suivent toujours les avis. Cela peut varier ailleurs. Par ailleurs, il peut aussi y avoir le cas où le bourgmestre décide d’envoyer les pompiers dans un lieu précis qui, pour une raison ou l’autre, lui pose problème. Il peut alors s’appuyer sur ce rapport des pompiers pour le fermer. Personnellement, j’estime que les avis devraient être contraignants et pas seulement consultatifs.

Quels sont les éléments à prendre en considération pour un feu d’artifice comme celui de Bruxelles ?

Ils sont surtout de trois types : dangerosité intrinsèque du feu d’artifice, évacuation du public, accessibilité des secours. Il faut aussi vérifier qu’il n’y ait pas d’établissement dangereux, étudier les toitures et la végétation ainsi que la météo.