Bruxelles

Le quartier Nord, avec ses tours de bureaux, sa gare et ses quartiers multiculturels. C’est cette réalité que Gwenaël Breës, journaliste et documentariste a voulu représenter. Depuis deux ans, en partenariat avec le Centre Vidéo de Bruxelles et l’association Plus tôt-Te Laa t, il réalise des documentaires sur Bruxelles, dans le cadre des Ateliers urbains. "Nous avons réalisé deux films. Le premier se concentrait sur la place Flagey et ses environs. Le deuxième sur le quartier Nord."

Le second aura été le plus difficile à réaliser, mais aussi le plus enrichissant. "Nous travaillons à chaque fois avec des amateurs, de milieux différents, mais qui ont tous un lien avec le quartier représenté. Ils peuvent y travailler où y vivre." L’idée est ainsi de capturer la vision des acteurs de terrain. Ce qui, dans le cadre du quartier Nord, s’est avéré particulièrement compliqué . "On leur a demandé de représenter leur quartier. On a obtenu autant de résultats différents que de participants. Leurs idées étaient aussi contrastées et fracturées que le quartier !"

Les environs de la gare du Nord sont en effet une terre de paradoxes, de mondes séparés et étanches. Il y a d’abord le contraste entre le quartier Manhattan et ses bureaux, et la vie de quartier, le soir quand les navetteurs sont partis. Valentin Garcia, l’un des vidéastes amateurs ayant participé au projet, l’explique: "D’un côté, on a les tours, avec leurs travailleurs qui viennent tous de l’extérieur, qui arrivent le matin, repartent le soir, et ne se mèlent pas à la vie du quartier. De l’autre, on a des zones plus humaines, aux quotidiens difficiles et aux habitants défavorisés. C’est de ce coté-là que se fait la vie du quartier." Même constat chez Gwenaël Breës: "J’avais en tête le cliché des masses de navetteurs qui sortent de la gare, s’engouffrent dans leur bureau, et au soir, refont le même trajet sans jamais regarder autour d’eux. D’un cliché, c’est devenu pour moi une situation réelle, confirmée sur le terrain."

Le documentariste met aussi en évidence une autre fracture, celle qui existe au sein même des habitants. "Le quartier s’étend sur plusieurs communes. Cela se ressent dans le milieu associatif. Les différents acteurs sociaux ne se parlent pas, ne se mélangent pas. Cela nous a compliqué la tache quand il a fallu recruter les participants au projet."

Alors, une fois capté sur pellicule, le quartier Nord ne se laisse pas cantonner à une seule de ses facettes. "On a pas mal souffert au montage, pour obtenir un tout cohérent. Le résultat est d’ailleurs un film choral, pluriel. On a vraiment voulu représenter tous les paradoxes du quartier, ce qui donne un film hybride, comme une mosaïque. On mêle l’information et la poésie, l’urbanisme et la vie des gens."

Et pour rassembler toutes les facettes du quartier Nord? La solution de Valentin est simple . "Allez faire un tour dans la salle des pas perdus de la gare. Vous y verrez des navetteurs stressés et pressés donner une pièce à un SDF du coin qui, lui, reste à la gare pour tuer le temps. C’est là que tous les univers du quartier se rencontrent."

Avant première : jeudi 31 mars, 19h00, Centre Pôle Nord, 208 Chaussée d’Anvers, 1000 Bruxelles