Bruxelles

Un millier de personnes, selon l'estimation de la police de la zone Bruxelles Capitale Ixelles, ont manifesté, vendredi, de 10h à 12h15, devant le Palais de justice, pour protester contre la décision du tribunal correctionnel concernant l'agression mortelle du superviseur de la Stib Iliaz Tahiraj, en avril 2012. Les agents de la Stib ont procédé à une minute de silence. Elle a été suivie par des applaudissements pour féliciter ironiquement "le laxisme de la justice". Les manifestants ont également levé des cartons jaunes pour émettre leur jugement sur le traitement de cette affaire. Ils ont ensuite quitté les lieux à bord de bus de la Stib.

"Il ne faut quand même pas oublier qu'il y a eu mort d'homme", souligne Robert Timmermans, permanent à la CSC pour la Stib. "C'est un mauvais signal pour la population. Cette condamnation est incompréhensible pour les chauffeurs et pour la famille d'Iliaz".

Les manifestants évoquent par ailleurs les discussions sur la sécurité des agents avec les représentants des ministères de la Justice et de l'Intérieur à la suite de l'agression commise en avril 2012. "On nous avait promis une double peine si on touchait à nos agents et là c'est un double zéro", s'indigne Bouazza Abdelhak.

Le frère de la victime Ali Tahiraj, interrogé par le journal Le Soir, ne cautionne pas l'action de la Stib. "Je comprends le désarroi des agents et les raisons qui les ont poussés à entamer cette action. Mais je ne suis pas en accord avec eux sur la manière de le faire. Stopper le trafic cinq minutes ou même une heure aurait déjà été un beau symbole. Mais perturber toutes les lignes toute une journée, je ne pense pas que ce soit porteur. On pénalise le citoyen", estime-t-il.

Réseau perturbé et taxis pris d'assaut

Le réseau de transports en commun bruxellois était fortement perturbé vendredi matin, à la suite du mouvement de protestation du personnel prévu toute la journée au sujet de la condamnation de l'agresseur du superviseur Iliaz Tahiraj. La situation de la circulation sur le réseau devrait rester inchangée jusqu'à midi au moins, au moment de la prise de service de l'équipe de l'après-midi, a indiqué la porte-parole de la Stib, Françoise Ledune, vers 09h30. Toutes les lignes de métro sont desservies et la moitié des véhicules sont sortis. "Les métros circulent environ toutes les 6 minutes dans le centre-ville et toutes les 12 minutes sur les antennes reliant la périphérie", précise Mme Ledune. Les trois quarts des trams des lignes 3 et 4 circulent à une fréquence "quasi normale", et les lignes 82, 19 et 39 sont assurées avec une fréquence divisée de moitié. Pour les bus, la moitié des véhicules des 8 lignes 71, 95, 12, 13, 48, 49, 63 et 84 sont en circulation.

Le directeur des Taxis Bleus, l'une des plus importantes centrales de taxis sur les cinq actives sur le territoire bruxellois, a constaté vendredi vers 09h30 que les taximen ne parvenaient plus à répondre à l'afflux de commandes. En prévision de la grève du personnel de la Stib, les effectifs de la centrale téléphonique ont été renforcés de 50%. "La situation est catastrophique", commente-t-il. "On est obligé de refuser la moitié des commandes depuis 07h30 ce matin, principalement à cause du manque de véhicules".

Le point sur la situation sera régulièrement fait via Facebook et Twitter ou sur une page régulièrement mise à jour par la Stib (cliquez ici).

En revanche, les files sur la petite ceinture, dans les tunnels Botanique, Loi et Louise en direction du centre ainsi qu'entre le boulevard Louis-Schmidt et l'entrée de l'E40 correspondent à une situation classique aux heures de pointe, a pour sa part indiqué la porte-parole de Bruxelles Mobilité, Camille Thiry, vers 09h00. Elle ne relève aucun embarras de circulation réellement notable à imputer aux perturbations du réseau de la Stib.

Pour rappel, Alexandre V.E., 30 ans, a été condamné, lundi, à 40 mois de prison avec sursis, par le tribunal correctionnel de Bruxelles pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. La porte-parole de la Stib a dit comprendre l’émotion suscitée par ce drame. Mais Françoise Ledune a ajouté: "Nous sommes dans un Etat démocratique et nous devons donc respecter les décisions de justice."

Le parquet mis en cause

Le conseil de la famille, Me Sven Mary s’étonnait, jeudi, du silence du parquet. "Le ministère public a requis quatre ans de prison ferme. Le tribunal a prononcé une peine de 40 mois avec sursis. C’est donc le parquet qui devrait être mécontent et ç’aurait été à lui d’interjeter appel du jugement. Il ne le fera pourtant pas. Selon moi, il aurait pu s’expliquer sur son attitude, cela aurait peut-être permis de calmer le jeu."

Et Me Mary d’ajouter: "La partie civile n’a aucun intérêt légal à faire appel. Dans le débat sur la peine, elle n’a pas son mot à dire. En outre, les dommages et intérêts obtenus par mes clients sont supérieurs à ceux qui sont traditionnellement accordés, sur la base d’un tableau indicatif, aux proches d’une victime d’un tel acte." La porte-parole du parquet de Bruxelles a confirmé à La Libre que son office n’interjettera pas appel mais elle n’a pas tenu à commenter ce choix.

"Les communes utilisent les policiers supplémentaires pour d'autres tâches"

Les agents de police censés renforcer la sécurité sur le réseau de transports en commun bruxellois sont parfois chargés, en surface, d'autres tâches, selon Luc Smekens du syndicat chrétien ACV (CSC). A la suite du décès d'un superviseur de la Stib en avril 2012, qui donne lieu à une journée de protestation du personnel ce vendredi, la ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet avait promis la mise en service de 400 policiers supplémentaires pour sécuriser les transports en commun de la capitale.

Ces aides supplémentaires sont bien arrivées, mais ne sont pas toujours utilisées de manière optimale, déplore l'ACV-CSC. "Cela fonctionne assez bien sur le réseau sous-terrain, mais en surface (où les agents sont placés par les différentes communes) la situation n'est pas aussi positive. Globalement, les conducteurs de bus et de trams se plaignent de n'y voir que très peu de présence policière. Nous soupçonnons les communes d'utiliser parfois ces agents pour d'autres tâches que la surveillance des transports en commun", précise Luc Smekens, qui ajoute que le problème a déjà été pointé lors de récents contacts avec la ministre. Il plaide par ailleurs pour une réelle "police des transports", entièrement disponible pour le réseau et rapidement mobilisable.