Bruxelles

Ce jeudi soir, il y aura une prise d'armes sur l'esplanade du Cinquantenaire à l'occasion de l'arrivée des nouvelles promotions de l'Ecole royale militaire. Fait exceptionnel : pour la première fois, une promotion en Sciences sociales et militaires portera le nom d'une femme. D'une femme exceptionnelle de surcroît puisqu'il s'agit de Louise de Landsheere, agent de renseignement et d'action qui s'investit pleinement dans le Service Zéro. Elle fut aussi une distributrice plus qu'active de "La Libre Belgique" clandestine mais s'occupa surtout du passage de Belges ou d'Anglais vers la Grande-Bretagne. Bientôt "Martine" s'imposa comme l'adjointe de "Walter" (William Ugeux) et devint aussi une collaboratrice active de la "Libre" du temps de guerre. Arrêtée en mai 1942, elle fut jugée lors du procès qui concerna notre journal et fut déportée en Allemagne. Le début d'une suite invraisemblable de souffrances car Louise de Landsheere refusa de fabriquer des munitions et cela lui valut de connaître un régime de détention de plus en plus sévère. En janvier 1945, devant l'avancée alliée, elle connut sa marche de la mort et aboutit finalement à Dachau. Elle allait y connaître la libération du camp, le 29 avril et y retrouver Paul MG Lévy présent comme correspondant de guerre. Ce dernier la ramena à Bruxelles. Une manière de lui exprimer sa gratitude en lui renvoyant l'ascenseur : en 1942, c'est de Landsheere qui avait organisé son évasion vers la Grande-Bretagne après qu'on l'eût déclaré pour mort à Breendonk.

Louise de Landsheere fut et reste un exemple pour tous les agents de renseignements et d'action et c'est donc avec une profonde joie que les survivants ont accueilli la décision de l'honorer à l'Ecole royale militaire.

Après la guerre, elle présida notamment l'amicale de "La Libre Belgique clandestine" tout en s'investissant dans le journalisme. D'abord dans "La Cité Nouvelle", le quotidien de l'Union démocratique belge puis à "Vers l'Avenir" et à "La Cité". Louise de Landsheere finit sa carrière au Sénat où elle s'occupa du compte-rendu analytique. Un poste de choix comme le souligna le grand résistant Luc Somerhausen car elle s'y fit en permanence le relais des "anciens combattants" dans la reconnaissance de leurs droits...