Bruxelles

Elles s’appellent Natasha, Yasmina ou Djiounkale. Ces femmes issues des immigrations s’exposent, dans la plus grande intimité, pour retracer leur mémoire délicate, évoquer leurs "Trajectoires de vie". Auparavant coutumières d’une vie au droit bafoué, elles affirment ici et aujourd’hui leur nouvelle quête: l’émancipation.

À l’heure où le repli identitaire se ressent, et où le poids des traditions empêche l’accès de certaines femmes à la société civile, l’exposition "Trajectoires de vie", organisée dans la maison communale de Schaerbeek, se veut porteuse de sens. L’histoire de ces femmes est celle du mariage forcé, de l’excision, dans tous les cas, de l’exil.

Les témoignages photographiques démontrent l’importance de l’ouverture vers le monde pour ces femmes issues d’horizons différents, afin de devenir des citoyennes à part entière. Cette ouverture passe par l’alphabétisation, voie suivie par quelques femmes, au sein des associations d’alphabétisation Gaffi et Cedas. C’est précisément au sein de ces mêmes associations que la photographe Francine D’Hulst a croisé la route de ses modèles.

Curieuse depuis toujours du chemin parcouru par les familles immigrées, Francine D’Hulst voyait en ces femmes l’occasion de dépeindre l’histoire particulière et difficile de certaines étrangères. Tout l’art était de leur rendre hommage dans leur univers "intérieur", entendez le cadre privé. "Je les ai rencontrées trois à quatre fois chacune, pour les prises de vue et les entretiens, explique l’artiste. Il fallait créer une confiance mutuelle." Résultat: vingt portraits de femmes, et non pas de victimes . "Ces femmes sont fortes , explique Francine D’Hulst. Elles ne sont pas fragilisées, elles ont pris leur vie en main, il faut être fort pour ça."

Et pour rendre compte de l’intériorité si chère à l’auteur, des "chambres de confidence" habitent la salle, accompagnées de textes oraux, écrits ou d’images. Pensée par Stéphanie Denoiseux, jeune scénographe, l’exhibition se veut, à l’image de ces femmes, authentique.

Au-delà de l’étalage artistique, l’exposition est également vecteur de message et de sensibilisation. C’est de cette manière, du moins, que le conçoit Georges Verzin (MR), échevin de la Culture à Schaerbeek. "Ce projet a pour but de faire reconnaître le travail accompli par ces femmes, montrer les chemins possibles pour elles et les autres, explique-t-il. Mais il a aussi pour objectif de lutter contre les agissements des "mâles", en les dénonçant. "

Le tout se situe dans le cadre du Plan schaerbeekois d’éducation permanente, qui vise l’autonomie, la critique et la responsabilisation des populations. C’est pourquoi l’exposition s’accompagne d’ateliers de philosophie et de débats (1), où chacun peut exprimer ce qu’il ressent sur ce q u’il a vu, y réfléchir aussi . Une petite table ronde, avant le départ de l’exposition, dès la mi-décembre, pour d’autres salles et musées bruxellois. N.N. (st.)

Infos: jusqu’au 15décembre - Salle du Musée de la Maison communale de Schaerbeek. Tel: 02.242.68.68.

(1) R encontre avec Eli Barnavi, le 13novembre à 20 h. Et débat, le 14novembre, de 9h30 à 12h30, avec, entre autres, Fatoumata Sidibé et Mina Ouallhadj.