Bruxelles Les prix de l’immobilier en Belgique ont-ils atteint un plafond ? Des experts l’affirment. Pour Benoit Cerexhe, bourgmestre de Woluwe Saint-Pierre, il n’en est rien. “ La hausse des prix continue à Bruxelles en 2013”. La situation du marché de la capitale serait “unique” en Belgique pour deux raisons : le boom démographique et l’arrivée constante d’une “population internationale qui dispose d’importants moyens” . “ Les fonctionnaires européens préfèrent rester dans les 19 communes plutôt que d’aller en périphérie” , constate l’ancien ministre bruxellois. C’est excellent pour l’économie bruxelloise et son caractère international, mais cela pousse les prix de l’immobilier vers le haut.”

En compilant les chiffres “incontestés” et “incontestables” du SPF Economie, l’élu CDH arrive à un constat : les prix de l’immobilier ont explosé de 2002 à 2012 à Bruxelles. “Le prix moyen des maisons (hors villas) a quasiment triplé (+179 %), tandis que celui des appartements a plus que doublé (+115 %) en dix ans” A Bruxelles, on vend désormais beaucoup moins de maisons que d’appartements. “Le rêve d’une petite maison traditionnelle s’envole pour une très grande majorité de Bruxellois” .

Certaines communes de Bruxelles ont ainsi vu le prix de ce type de biens “quasiment quadrupler” en dix ans. C’est le cas à Ixelles (528 000 euros pour une maison moyenne), tandis qu’Anderlecht (240 000 euros) reste la plus abordable. “ Il y a une fracture de plus en plus grande entre les prix pratiqués des deux côtés du canal. Cette dualisation est dangereuse pour la cohésion sociale.” Reste que certaines communes dites “ populaires” n’échappent pas à cette forte hausse. Les prix des appartements de Saint-Josse ou Saint Gilles ont aussi doublé en dix ans. Autre constat : les habitations à Bruxelles sont de plus en plus petites. “ Et cela va continuer ”, prévient M. Cerexhe qui craint un “ exode massif” de la classe moyenne bruxelloise vers la périphérie. “ Ce qui serait catastrophique pour les finances publiques d e la Région ”.

La tentation des Bruxellois est d’autant plus grande que de l’autre côté de la “frontière institutionnelle” , les prix n’ont pas connu une telle explosion. Du coup, “le différentiel de prix avec la périphérie n’a jamais été aussi important , constate amèrement le maïeur. Et les superficies proposées sont beaucoup plus intéressantes en périphérie. Exemple ? Le différentiel était de 12 % entre le prix d’une maison à Woluwe Saint-Pierre et une autre à Crainhem en 2002. Il est passé à 35 % en 2012, soit une différence de 130 000 euros “ alors que les deux communes se touchent ”. Avec Wezembeek, ce même différentiel est passé à 47,7 %. Rhode-Saint-Genèse a désormais des prix inférieurs de 55 % par rapport à sa voisine Uccle, alors qu’ils n’étaient que de 10 % en 2002. “On peut faire le même constat avec Forest, Anderlecht, Jette et leurs communes limitrophes” .

“Je ne veux pas qu’ils partent”

Plus on s’éloigne, plus cela devient intéressant. “L a Hulpe ou Rixensart sont 30 % moins chers qu’ Uccle mais proposent des maisons avec jardins jusqu’à trois fois plus grandes” .  A Tubize, “ qui n’est qu’à 12 minutes en train de Bruxelles” , on négocie les maisons à moins de 200 000 euros. Cette tendance pourrait s’accentuer dans les prochaines années avec l’arrivée du RER qui va faciliter les trajets entre Bruxelles et sa périphérie. “ C’est pourquoi il faut impérativement mettre en place des politiques pour ancrer les jeunes à Bruxelles” , explique le député.

Cette hausse des prix a aussi un impact sur les loyers. “Si on ne fait rien, se loger va devenir inaccessible pour une grande majorité de Bruxellois. Je ne veux pas qu’ils partent vers la périphérie ”. M. Cerexhe estime ainsi que les politiques, doivent “changer d’axe” en misant sur l’accès à la propriété, qui reste inférieur à Bruxelles par rapport à la Belgique (taux de 40 % de propriétaire pour la capitale contre 66 % pour le reste de la Belgique).

L’élu CDH propose différentes pistes (voir -ci dessous), dont des modifications de la fiscalité. “Il faut s’adapter à la nouvelle réalité des prix . Mais attention, je ne rase pas gratuit. Bruxelles a besoin de moyens financiers et les pouvoirs publics ne peuvent plus se permettre de cadeaux fiscaux, donc il faut trouver des compensations.

Le bourgmestre veut ainsi s’attaquer à certains “montages fiscaux immobiliers” qui échappent aux droits d’enregistrements tels les cessions d’actions de société ou les choix de “la voie fiscale la moins taxée” (voir ci-dessous)…  “ Avec ces prix à la hausse, ces montages se multiplient. Mais tout le monde doit payer l’impôt” . Preuve de cette “évasion fiscale” à la mode, la Région bruxelloise n’a récolté “que” 486 millions de droits d’enregistrements en 2012 contre 520 millions en 2007.” Alors que le nombre de transactions n’était pas inférieur et que les prix ont augmenté.