Bruxelles

Moment de vérité pour les états généraux de la jeunesse africaine (EGJA) qui présentaient ce jeudi leur rapport final au parlement francophone de Bruxelles. Une initiative que "La Libre" aura suivie depuis ses prémisses (voir LLB 03/04 et 11/06) et qui aura mené à un vif débat au sein de l’assemblée où l’on retrouvait hier davantage de membres de l’EGJA et d’associations diverses que de députés (une petite dizaine).

Pour rappel, l’initiative de la jeunesse africaine (subsaharienne) provient d’un "mal-être" ressenti au sein de la communauté et qui s’est traduit ces derniers mois par une violence accrue auprès d’une minorité d’Afro-Bruxellois. Pointé du doigt, le phénomène de "bandes urbaines", dont 80 % des membres sont d’origine subsaharienne dans la capitale, et qui a endeuillé cinq familles de la composante africaine de Bruxelles en 2009. L’un de ces jeunes est d’ailleurs toujours entre la vie et la mort suite à une rixe survenue récemment entre deux bandes rivales. "Cela reste un phénomène minoritaire et nous adorerions que les médias parlent davantage des talents qui existent au sein de la jeunesse africaine, explique Olivier Kayomo, coordinateur des EGJA, mais comme le dit un proverbe africain : quand un arbre tombe on l’entend, quand une forêt pousse, pas un bruit."

Reste que ce "malaise" a rejailli sur toute la composante africaine bruxelloise (50 000 âmes dont plus de 90 % d’origine congolaise) qui a décidé de faire davantage entendre sa voix, tout en effectuant son autocritique. "On doit pouvoir se regarder en face, sans honte", explique la députée Fatoumata Sidibé(MR-FDF), habillée en tenue traditionnelle africaine pour l’occasion. Le travail de l’EGJA aura été effectué durant dix semaines par 90 délégués répartis dans trois commissions différentes.

De l’histoire au lien familial "brisé", différents thèmes ont été abordés. "Nos enfants n’ont plus de rêve, explique tristement Billy Kalonji. Les Africains sont parmi les étrangers qui ont fait le plus d’études, mais une fois arrivé à Bruxelles, ce fut la désillusion avec des emplois précaires ou pas d’emploi du tout. Du coup, auprès des parents, c’est surtout le rêve du retour qui gagne sur la volonté de s’impliquer dans la communauté bruxelloise." Face à eux, des jeunes, la tête entre deux continents, qui connaissent très mal leur pays d’origine ("Très peu de parents congolais ont appris les langues locales ou les traditions à leurs enfants") et ne se sentent pas totalement acceptés par celui qui les accueille. "Vu l’expérience vécue par leurs parents, ils se disent aussi qu’étudier ne sert à rien."

C’est vers l’âge de 15, 16 ans que le conflit identitaire devient le plus aigu et que certains se tournent alors vers les bandes urbaines. "Si tu ne sais pas où tu vas, sache au moins d’où tu viens" était donc le leitmotiv d’une de ces commissions. "On n’enseigne pas assez l’histoire immédiate à l’école, celle de la colonisation et de la récente immigration", regrette la députée Olivia P’tito (PS).

Autre thème abordé, l’influence croissante des Eglises africaines ("Un seul intérêt prime aujourd’hui pour les Africains : la religion, mais prise comme ceci, c’est de l’opium", dixit le père Karel Stuer ou encore "Avant d’aller à l’Eglise, occupe-toi de ta maison", explique Maman Mboso), les grossesses précoces, la culture, la (non) présence africaine dans les médias, ou encore l’emploi. "La société belge devrait encourager les allochtones à ne pas être dépendants de l’aide sociale, explique un intervenant à ce sujet. Ici, l’une des premières choses que l’on nous apprend, c’est comment chômer. Nous, nous voulons travailler, créer des emplois."

Les tensions et différences existant au sein même de la composante africaine n’ont pas été oubliées. "Les communautés turques ou marocaine s de Bruxelles ont une religion et un exécutif qui les unit, explique Kalvin Soiresse, d’origine togolaise. Nous, nous devons nous trouver des liens et une organisation." "Mais, attention, notre démarche reste inclusive et non exclusive", reprend Olivier Kayomo.

Enfin, les EGJA lancent un message clair au monde politique : le "vote communautaire" ne passera pas par eux. "Nous demandons à tous les partis de ne plus venir faire campagne dans les églises africaines. Cela ne marchera plus."

Infos : www.etatsgenerauxjaf.be