Bruxelles La commission de concertation doit se prononcer ce mercredi alors qu’une soirée d’info générale a lieu le 16.

Ce mercredi 9 mai, le dossier du méga-projet immobilier prévu sur le site de l’ancien Delhaize-Molière entre dans une phase décisive avec la commission de concertation. Dans l’îlot entouré par la chaussée de Waterloo, les rues Renier Chalon, Léon Jouret, Jean-Baptiste Colyns et la place Graux, Besix Red entendait implanter 98 logements, 523 m2 de commerces, 211 m2 de bureaux et 138 places de parking. Après l’avis défavorable de la commune d’Ixelles, la Région a demandé aux promoteurs de revoir sa copie, ce qui les a conduits à soumettre un autre projet. L’enquête publique a eu lieu le mois dernier.

Patrimoine en danger

Les défenseurs du patrimoine sont très inquiets : le projet risque de porter un coup fatal à un fameux témoin du passé dans ce quartier sis en zone Zichee (d’intérêt culturel, historique, esthétique ou d’embellissement) caractérisé par ses immeubles modernistes, Art déco, et Belle-Epoque. "Les façades de l’ancien Delhaize sont inscrites à titre transitoire à l’inventaire du patrimoine. Tout le bâtiment qui fut à l’origine une patinoire à roulettes appelée le Royal Rinking d’Ixelles est lui inscrit à l’inventaire du patrimoine industriel de la Région. C’est autour d’elle que se sont structurées les habitations de l’îlot." Craignant de voir disparaître cette trace du passé, ils organisent ce 16 mai, une soirée-débat - lire ci-dessous - pour sauver ce qui peut encore l’être…

Renseignements : www.unilotunquartier.be ou unilotunquartier@gmail.com


Une œuvre d’Aimable Delune à sauvegarder

Le Royal Rinking imaginé par Aimable Delune ne peut pas être rasé selon Pierre Anagnostopoulos (ULB).

Afin d’empêcher un nouveau crime irréversible contre le patrimoine bruxellois, "Un îlot, un quartier" organise une conférence-débat avec l’historien d’art et archéologue Pierre Anagnostopoulos (ULB) qui fera partager à l’auditoire de l’ERG, rue du Page, 87 à Ixelles ses recherches sur l’immeuble et toute la vie qui gravita autour de lui à la Belle époque ! Autre intervenant : l’architecte Jean-Paul Hermant qui reconvertit la Patinoire royale de St-Gilles.

Dessin de la façade principale dès 1907

Comme l’expliquera le Pr Anagnostopoulos. "Ixelles peut s’enorgueillir de posséder un patrimoine bâti riche, dense et plutôt bien préservé. Parmi les bâtiments de fêtes des années 1900-1910 subsistant à Bruxelles, il y a le Royal Rinking, patinoire à roulettes dont le dessin de la façade principale date de 1907. Elle a accueilli des événements sportifs et culturels comme des courses de patinage mis aussi des matches de boxe ou des expositions d’art. Elle fut convertie dès 1924 en un es pace d’exposition automobile et en un garage Ford qui connut différents propriétaires jusqu’à sa transformation destinée à accueillir un supermarché en 1983.

Le chercheur lance une mise en garde : "les actuels projets risquent de provoquer la destruction irrémédiable de la structure en fer d’origine de l’ancienne patinoire (piliers et charpente) toujours présente mais peu visible. L’ensemble des habitations voisines s’est structuré autour de cette patinoire. D’influence anglo-saxonne, la salle-patinoire était très en vogue au XIXe et au début du XXe siècle. Il s’agit ici d’une des dernières salles qui a prolongé cette tendance jusqu’en 1921. C’est aussi le témoin ultime d’un engouement social pour le patinage à roulettes, qui se développa à Bruxelles, Anvers, Liège ou Charleroi, et ailleurs en Europe et en Amérique. Son architecture métallique aboutie fut conçue pour couvrir un large espace de divertissement, de fête et de spectacles". Le chercheur a fait en outre une découverte importante; l’architecte de l’immeuble menacé fut Aimable Delune (1866-1923), auteur de réalisations éclectiques et Art Nouveau à Forest, St-Gilles, Ixelles et Uccle. Elles participent au patrimoine architectural du début du XXe qui fait la renommée de Bruxelles. "La patinoire occupa de bout en bout, la par tie centrale de l’îlot compris entre la chaussée de Waterloo et la rue Léon Jouret. Elle s’inscrivait directement dans les premiers aménagements du quartier. Cet espace de détente, de sport et de rencontre présente une architecture de type industriel, dans laquelle l’éclairage naturel était assuré par de grandes baies latérales le long de la nef centrale couvrant la piste. Les plans et les coupes du bâtiment conservés aux Archives de l’Urbanisme montrent que les piliers métalliques ont été enrobés dans des coffrages en briques brun foncé formant le décor du supermarché".

On l’aura compris : la mise en perspective atteste de l’intérêt de ce bâti, unique par son envergure, son passé, ses matériaux. À noter qu’une autre patinoire à roulettes bruxelloise a elle bénéficié d’une protection en 1995 : le Royal Skating daté de 1877 sis rue Veydt à St-Gilles. Depuis 2015, elle abrite une galerie d’art… Conclusion ? "Plutôt que de démolir, une mise en valeur et une nouvelle affectation permettraient un nouveau regard sur des espaces longtemps dissimulés au public. Un lieu de sociabilité, de rencontres et de détente serait un atout pour ce quartier ixellois enserré par les communes d’Uccle, Forest, St- Gilles et Bruxelles…