Bruxelles

Les Marolles, c’était le quartier de la misère, de la pauvreté, mais aussi de la solidarité et de la fraternité. Les gens avaient recréé un système social parallèle, une chose que l’on ne retrouvait pas ailleurs", explique le photographe Daniel Storz. Ce quartier, il l’a connu quand il avait 18 ans, en 1966. A l’époque jeune étudiant à l’Inraci de Bruxelles, il est tombé amoureux des Marolles au cours d’un exercice pratique pour ses cours. Armé de son reflex Pentax, il a posé ses yeux sur ce quartier, sur les gens qui l’habitent, sur la place du Jeu de Balle, le Vieux Marché. Aujourd’hui, il a ressorti les négatifs afin de montrer ces photos vieilles de 40 ans. Il en a tiré l’exposition "Marolles 66", à voir actuellement dans le célèbre estaminet "La Fleur en Papier Doré".

Lors de ses balades il a rencontré Hortense, Marollienne pure souche, l’incarnation du quartier. Fil rouge de l’exposition, c’est elle qui a été l’élément déclencheur de la série de photos. "Pour moi, cette femme est un vrai symbole. Elle représente tout ce qu’il y a de plus digne dans la misère", déclare-t-il. Il raconte son histoire, à demi fictive, dans laquelle il imagine la vie de cette Marollienne. Ses galères, sa vie dans la misère, mais aussi son charme, propre au quartier qu’elle représente.

Les photos s’offrent une seconde vie pour raconter celle d’un quartier qui fut un temps en passe de disparaître. L’esprit des Marolles n’existe pourtant selon le photographe qu’à travers quelques rescapés. "Ils se sentent abandonnés. C’est une espèce en voie de disparition qui a déjà disparu", explique-t-il. Le quartier a tenu le coup face aux expulsions et aux démolitions de 1969 mais a néanmoins changé. "Certains habitants sont partis, de nouveaux sont arrivés et ce qui faisait le charme des Marolles a pratiquement disparu", regrette Daniel Storz.

Avec sa collaboratrice Aïcha Hainselin, ils ont retrouvé quelques rescapés des Marolles. Ils ont relaté dans un film d’une vingtaine de minutes les témoignages de ces derniers Marolliens. Les photos quand à elles ont été regroupées dans un livre intitulé lui aussi "Marolles 66". Une manière de garder une petite trace de cette grande époque.

"Marolles 66" à voir à La Fleur en Papier Doré, rue des Alexiens, 55 à 1000 Bruxelles jusqu’au 25 octobre et du 4 au 27 novembre à la Maison des cultures, rue Mommaert, 4 à 1080 Molenbeek.