Bruxelles L’un des plus gros distributeurs indépendants de vins et spiritueux du pays s’installera à Nivelles début 2020.

Fondée voici 325 ans par Jean Lucassen Nolet, l’un des plus gros distributeurs de vins et spiritueux indépendants de Belgique va installer son nouveau siège à Nivelles, sur un terrain de deux hectares situé boulevard Robert Schuman, dans le parc d’affaires Les Portes de l’Europe.

L’installation de la société bruxelloise Cinoco-Palais du Vin est prévue au 1er janvier 2020, mettant fin à près d’un siècle de présence sur le territoire régional, dont près de cinquante à Molenbeek-Saint-Jean. "Début 2019, nous allons construire un entrepôt de 6.000 m2 et entre 800 et 1.000 m2 de bureaux", commente le vice-président et managing director de Cinoco-Palais du Vin, Gilles Nolet de Brauwère.

Le départ de cette entreprise tricentenaire est lié à plusieurs facteurs. Primo, l’actuel bâtiment situé juste derrière la gare de l’Ouest n’était plus du tout fonctionnel. "Nous sommes une trentaine d’employés répartis sur 17.500 m2. C’est très improductif sur le plan logistique et il est difficile de travailler ensemble. Tandis que le bâtiment ne répond plus aux normes modernes. Ma réflexion et celle du conseil d’administration ont été de prévoir un bâtiment pour la nextgen. Ce n’est pas ici qu’on se développe pour le XXIe siècle", poursuit Gilles Nolet. Secundo, le quartier, même si la situation a beaucoup évolué ces dix dernières années. Sur une table basse de la salle d’attente de Cinoco, un petit écriteau conseille aux visiteurs de se garer dans le parking de l’entreprise, même pour quelques minutes. Au risque de voir sa voiture vandalisée ou la vitre brisée. Gilles Nolet confirme la situation.

"Entre 2003 et 2010, c’était infernal ici. Laisser sa voiture dehors, elle était cassée en deux minutes. Le personnel se faisait agresser, sac-jacker devant la porte d’entrée. Puis, la situation s’est améliorée petit à petit. Si j’avais pu vendre le bâtiment à cette époque, je l’aurais fait mais il était invendable à cause de sa localisation." Tertio, l’absence de terrain à prix abordable en région bruxelloise. "Nous voulions rester à Bruxelles. Notre dossier était d’ailleurs prioritaire chez le ministre de l’Économie Didier Gosuin (Défi). Nous avions reçu deux ou trois propositions de la part de Citidev mais la Région ne proposait que des emphytéoses, de surcroît avec des canons assez lourds. Bruxelles ne vend pas de terrains. Et les terrains privés étaient trop chers. Notre départ de Bruxelles n’est pas une volonté, nous voulions rester à Bruxelles. C’est la capitale, c’est bilingue et nous sommes une entreprise belge. On a cherché, en vain. Alors nous sommes allés voir un peu plus loin : Grand-Bigard, Lot, Berseel, Nivelles. Nous avons été accueillis à bras ouverts par in BW (Intercommunale du Brabant wallon, NdlR)."

In BW leur a déniché un terrain de 2.000 m2 à Nivelles, "en pente, de sorte que notre cave sera naturellement sous terre".


Cinoco, une distillerie fondée en 1691

L’histoire de l’entreprise Cinoco remonte à 1691, un temps où la Belgique n’existait pas, même pas en rêve. Cette année-là, Jan Lucassen Nolet, tisserand né à Bruges, obtient un brevet de distillateur et fonde une distillerie à Schiedam, aux Pays-Bas. La société se développe au fil des siècles et, à la fin du XIXe, Charles Nolet de Brauwere développe la distribution de spiritueux et la représentation de champagnes et grands vins français, italiens, portugais et allemands. C’est en 1955 que l’entreprise familiale prend le nom de Cinoco. Neuf ans plus tard, Cinoco devient une société anonyme, toujours gérée par divers membres de la famille Nolet, jusqu’à Gilles, qui reprend la direction en 2004. Au gré d’acquisitions diverses, Cinoco se développe petit à petit, jusqu’à la reprise de l’illustre société Palais du vin, spécialisée dans les grands vins. Aujourd’hui, Cinoco-Palais du vin dispose d’un portefeuille de plus de 3.000 références. Elle possède également la distillerie d’Anvers, qui produit l’élixir d’Anvers, la liqueur la plus vendue en Belgique. Avec un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros en 2016, l’entreprise fondée en 1691 est aujourd’hui l’un des leaders du marché belge dans l’importation de vins et spiritueux de moyenne ou haute gamme. Cinoco-Palais du vin vend ses flacons dans l’Horeca, la grande distribution, les cavistes, sans oublier plusieurs milliers de clients privés, amateurs de grands vins.


Le perpétuel exode des PME bruxelloises vers la province

En 2016, un milliard d’euros de chiffre d’affaires générés à Bruxelles ont émigré en Flandre ou en Wallonie.

Cinoco n’est pas une exception. Chaque année, de plus en plus d’entreprises quittent la capitale pour s’installer en périphérie, voire un peu plus loin.

En 2016, la différence entre les départs de Bruxelles et les arrivées dans la capitale affichait un solde négatif de 621, selon les chiffres de Statbel (l’outil statistique fédéral). 2.513 entreprises quittaient Bruxelles pour la Flandre ou la Wallonie tandis que 1.892 s’y installaient.

En chiffre d’affaires, cela représentait, toujours en 2016, une perte de plus d’un milliard d’euros ! La situation était quasi identique en 2015, avec un solde un peu moindre (2.353 départs pour 1.810 arrivées) et une perte de CA de près de 700 millions d’euros !

Selon un spécialiste de la question à la Chambre de Commerce de Bruxelles (Beci), l’exode des entreprises hors de Bruxelles ne date pas d’hier. Il concerne par ailleurs surtout un certain type de société : les PME en plein développement qui doivent lutter à la fois contre un problème de capacité, de coût de location, de taxes et de contraintes administratives lourdes. Sans oublier le dernier point : la mobilité. "Ce sont les entreprises moyennes à forte croissance qui partent", note ce spécialiste qui y voit un phénomène plutôt naturel. Si une entreprise doit passer de 200 à 300 salariés, elle doit trouver de la surface. Or, le coût du m2 de bureau est toujours plus cher à Bruxelles. Donc les entreprises regardent plus loin. Sony, Microsoft, BDO ou De Lloyd se sont ainsi installées à Diegem.

Les grandes entreprises - 3 ou 4.000 employés - émigrent elles aussi en périphérie bruxelloise mais cela ne se voit pas dans les statistiques car leur siège social reste à Bruxelles. Les déménagements vers la périphérie concernent certaines antennes spécifiques de ces grosses boîtes. Des villes comme Malines ou Leuven accueillent de plus en plus de bureaux décentralisés.

"Cela concerne tout de même plusieurs milliers d’employés par an", déplore notre spécialiste, qui cite quelques banques telles que Belfius ou Axa. Face à cet exode, que fait le gouvernement bruxellois ? Pas assez pour les entreprises moyennes à forte croissance, assure encore ce spécialiste bruxellois. "Tout est modelé pour les TPE, les starters. Dans les réformes entreprises par ce gouvernement, il n’existe aucune solution pour tenter de maintenir les entreprises de taille moyenne à Bruxelles. En revanche, on crée beaucoup d’entreprises. On vient de passer le seuil des 12.000 nouvelles entreprises dans la capitale. Il y a douze ans, on en était à 4.500. Mais il s’agit en très large majorité d’entreprises unipersonnelles ou de TPE, qui ne se créent que grâce aux subsides."

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