La Grande Guerre en mer

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Bruxelles

C’est loin d’être un marin d’eau douce, car depuis plus de 35 ans, il a bourlingué en tout bien tout honneur sur des dizaines de bateaux de tous bords et de tous horizons. Freddy Philips - c’est son nom - est un journaliste et un photographe maritime freelance qui en connaît un sérieux bout en matière de marine marchande et de plaisance, mais qui est aussi devenu un expert pour ce qui est de la marine militaire.

C’est ici qu’il rejoint l’actualité, voire même qu’il l’anticipe : il vient, en effet, de présenter, au Musée royal de l’Armée, "14-18 en mer" qui retrace l’histoire souvent méconnue des navires et des marins belges pendant la Première Guerre mondiale. Non seulement, Philips connaît très bien son dossier, qu’il s’agisse d’approcher virtuellement ou en chair et en os des Bancs de Flandre ou du Cap Horn, mais il est aussi un talentueux conteur qui montre comment la Belgique, toujours très réaliste face à des problèmes apparemment insolubles, a su pallier l’absence d’une marine militaire pendant la Première Guerre mondiale.

"A la veille du lancement des commémorations de la Grande Guerre et de l’arrivée d’une avalanche d’études originales ou rafraîchies sur 14-18", explique l’auteur, "il m’a paru important que toutes les attentions ne se focalisent pas sur les seuls combats terrestres. Attention, pas question de mettre en doute l’engagement de millions de soldats dans les tranchées boueuses à l’Yser ou ailleurs, mais il faut aussi en profiter pour souligner que les combats se sont aussi déroulés sur bien d’autres fronts. Et donc aussi sur la mer Qui sait encore que c’est sur mer que se sont en fait forgés la suprématie alliée et l’échec de l’entreprise teutonne ?".

Un utile travail de remise en perspective donc, mais qui fut loin d’être aisé pour Freddy Philips : "La plupart des archives maritimes de l’époque et moult documents de référence étaient éparpillés, fragmentaires ou partiellement conservés " D’autres disparurent sous la barbarie de la Seconde Guerre. Mais on l’a déjà dit, Freddy Philips a la patience et la philosophie sereine des loups de mer, et il a donc voulu persévérer. Cela l’amena à passer par tous les dépôts d’archives belges officiels et les musées de la marine, tout en s’immergeant dans les écrits des principaux chroniqueurs de l’époque. Il en est ressorti une belle synthèse permettant de comprendre cet autre front de la guerre qu’était la mer, et en même temps de retracer la carrière des 69 navires marchands belges et de leurs équipages qui se perdirent corps et biens. L’occasion unique aussi d’évoquer des navires belges qui eussent davantage mérité de sortir de l’ombre ou qui, au contraire, n’auraient pas dû en sortir, parce qu’on a trop édulcoré leur légende. Enfin, la mer ce sont aussi beaucoup d’hommes qui, dans des circonstances exceptionnelles, ne firent aussi en somme que leur devoir

"14-18 en mer. Navires et marins belges pendant la Grande Guerre", Editions Racine-Lannoo, 29,99 €

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