Bruxelles

Le nombre de jeunes à Molenbeek qui adhèrent à un discours radical augmente, a confié lundi le chargé de projet contre la radicalisation de la commune, Olivier Vanderhaegen (photo d'illustration), devant la commission d'enquête parlementaire sur les attentats terroristes.

Si de moins en moins d'individus partent au Moyen Orient combattre aux côtés des djihadistes, cela ne signifie pas que la radicalisation de certains jeunes recule, ressort-il de l'audition. Les "cibles" changent: il n'est plus tant question de combattants terroristes à l'étranger que de jeunes non fichés, qui ont appris à passer entre les mailles du filet. Bien souvent, il s'agit d'individus qui appartiennent déjà à un milieu criminel: trafic de drogues, contrebande, etc.

"La masse critique de jeunes qui adhèrent à des discours radicaux, sans complexe, augmente. Ils sont tout le temps dans la théorie du complot et dans la provocation", a souligné M. Vanderhaegen.

Des recruteurs sont toujours à l'oeuvre sur le terrain à Molenbeek, selon lui. Des enquêtes sont en cours à ce sujet.

Quant à l'idée de déradicalisation, elle semble toujours poser beaucoup de questions. Les directeurs de prison entendus il y a quelques semaines s'étaient déjà montrés très sceptiques sur la possibilité de déradicaliser une personne. "Moi, je ne sais pas ce que c'est. Il y a des gens dont on sait qu'ils ne vont jamais se désengager d'un islam radical mais ils peuvent se désengager d'un processus violent", a souligné le chargé de prévention.

Molenbeek est sous le feu des projecteurs depuis les attentats de Paris. Une étude coordonnée par l'UCL est en cours pour comprendre pourquoi des jeunes qui sont passés à un moment par des structures dépendant de la communes (maison de jeunes, école, etc.) s'en sont ensuite écartés.

Bon nombre de jeunes radicalisés cherchent leur identité dans la société. "Le religieux vient à un moment comme une prothèse identitaire", estime M. Vanderhaegen.

Les mosquées s'ouvrent petit à petit à ce phénomène mais elles sont confrontées à un double problème: leurs imams ne connaissent pas le français et ne comprennent pas les jeunes. "Dans la rue, ils tombent sur des gens qui leur expliquent un islam frelaté", souligne M. Vanderhaegen.

Le chargé de prévention insiste sur la nécessité de parler de spiritualité aux jeunes dès leur plus jeune âge. Il met aussi en avant un contexte social marqué par des taux de chômage alarmants dans certains quartiers. "A Bruxelles, il faut un plan Marshall pour les jeunes", a-t-il plaidé.

Belga