Bruxelles

En 2011, l’ASBL Mémoire d’Auschwitz lançait un projet de reconnaissance de la mémoire juive du quartier des Marolles à Bruxelles. Dans ce cadre, elle a sorti récemment un intéressant documentaire intitulé "1930-1945, Mémoire juive du quartier Marolles-Midi". Comme l’explique dans le dossier pédagogique qui l’accompagne sa réalisatrice Marta Marin-Domine, par ailleurs professeur à l’Université Wilfrid Laurier (Canada), l’on ne saurait assez souligner la démarche de la Fondation Auschwitz, créée en 1980 par l’Amicale Belge des Ex-Prisonniers Politiques d’Auschwitz-Birkenau, Camps et Prisons de Silésie qui a privilégié la collecte de témoignages des survivants des camps de concentration et d’extermination nazis.

Lancée en 1992, elle a permis de rassembler 228 enregistrements soit quelque 1 250 heures de témoignages. Il se fait que dans ce vaste ensemble se trouvent six témoins ayant vécu dans le quartier Marolles-Midi. C’est avec eux et autour d’eux que le film a été élaboré. Leurs témoignages ont été enregistrés entre 1993 et 1996 et comptabilisent un total approximatif de 18 heures d’enregistrement mais on en a forcément fait un documentaire de durée conventionnelle, limité à une période spécifique portant sur la vie dans le quartier avant la Déportation. C’est donc un certain regard sur l’environnement de vie du cœur de Bruxelles.

"Il faut avoir toujours présent à l’esprit" souligne Mme Marin-Domine "que ces entretiens sont porteurs d’une richesse où le personnel croise le collectif. Ce film représente l’une des multiples possibilités d’approcher la mémoire juive. Cette démarche, forcément subjective et fragmentaire, est un guide et une invitation à découvrir les archives de la Fondation Auschwitz. Si le produit final donne l’impression que les témoins prennent place l’un après l’autre, la réalité est pourtant toute différente. Ils furent sur certains points sans doute les seuls à témoigner et plusieurs années séparent parfois les enregistrements initiaux".

La réalisatrice précise aussi qu’"ayant refusé la construction d’un regard victimisant les témoins, on a voulu souligner un autre aspect qui, bien que simple, est assez souvent contourné : que la blessure qui a marqué si profondément la communauté juive bruxelloise fait partie des blessures de l’histoire globale. Cette mémoire nous appartient à tous".

Un mot encore des témoignages: ils ont une valeur inestimable car ils ont été enregistrés à une époque où les différents acteurs ne subissaient pas l’inéluctable avancée du sablier du temps qui fait oublier ou transforme certaines perceptions. Autre qualité de la démarche: c’est incontestablement de montrer la diversité de la communauté juive bruxelloise et son intégration très rapide dans la société belge. Avec parmi eux des têtes connues et moins connues de la mémoire de la déportation. Les propos de Maurice Pioro, Joseph Berman, Chaja Gancarska, Maurice Goldstein, David Blum et Henri Kichka relatent certes une époque un peu évaporée mais constituent aussi un chaînon permettant de comprendre le présent. Comme le rappelle Daniel Weyssow de l’ASBL Mémoire d’Auschwitz, "ces immigrés ou exilés qui se comptèrent par milliers contribuèrent a établir durablement une pluralité culturelle au sein d’un environnement où les conditions de vie étaient souvent précaires. Aujourd’hui les immigrés d’hier, disparus pour la plupart et peu ou prou oubliés depuis, ont laissé place à de nouveaux-venus originaires cette fois principalement du Maroc. Le quartier conserve de la sorte sa tradition d’accueil à l’aide des associations toujours nombreuses qui s’emploient, comme par le passé, à accompagner les nouveaux arrivants"...

Fondation Auschwitz - Mémoire d’Auschwitz ASBL, Rue des Tanneurs, 65, 1000 Bruxelles. Tél.: 02.512.79.98.