Bruxelles

Savourez votre apéritif, on s'occupe de tout». Le groupe Major Deluxe ouvrait gaiement les hostilités jeudi soir à la Maison des musiques. Mais, bien qu'attendu, il aura dû composer au départ avec un adversaire de taille: le jardin de la Maison des musiques, petit havre de paix où il faisait bon siroter sa bière et savourer cette soirée d'été. L'astuce a vite été trouvée: déménageant provisoirement ses instruments, le groupe a entamé sa fête de la musique sur la terrasse au fond du jardin. Unplugged.

Une initiative très remarquée par le public qui le lui a d'ailleurs rendu plus tard en s'engouffrant à son tour dans la minuscule salle de concert et en acclamant la pop psychédélique de ce groupe désormais phare en Belgique. Une pop propre et nette, impeccablement jouée, et aux antipodes du rock survolté proposé une heure avant par les jeunes belgo-ecossais de The Big Hat Band. Un rock efficace, mêlé de punk et influencé par les Libertines, qui sentait furieusement la sueur...

Autres lieux, autres ambiances le lendemain. Et c'est au magasin Hermès que cela se passait, l'un des lieux insolites de cette 22 éme édition de la Fête de la musique. Insolite, oui, que de franchir les portes de l'enseigne, tracer son chemin au milieu des sacs, des étoffes et autres articles de luxe pour prendre place dans l'insoupçonnable carré d'art contemporain niché à l'arrière de la boutique. Un carré digne d'un hall où se produisait cette fois le groupe Raymondo. Distillant leur pop bien pensée et souvent mélancolique, les trois musiciens ont vite su réchauffer un espace a priori un peu froid et conquérir leur public assis par terre.

Par terre, oui, à l'exception d'un chanceux installé à cinq mètres du groupe: un nourrisson d'à peine deux mois resté imperturbable aux riffs et paroles de Raymondo...

Juste après, c'est au square Bruegel qu'il fallait se rendre pour poursuivre la fête. Cette fois, c'est la Fanfare du commando Fête qui officiait, armée de sa troupe de 10 musiciens et de son hip-hop joyeux. Mais l'attention y était semble-t-il plus difficile à capter, le chanteur s'excusant presque auprès de ceux qui manquaient «le match du Mondial»...

Des excuses, l'Orchestre royal de Chambre de Wallonie n'aura, lui, en revanche pas eu à en formuler. Investissant ce vendredi soir la collégiale Saints-Pierre-et-Guidon d'Anderlecht, il n'aura eu qu'à recevoir les salves d'applaudissements de plus d'une centaine de spectateurs. Emus et sous le charme de la soprano belge Elise Gäbele interprétant Mozart. Une vraie première pour l'histoire de la Fête de la musique qui «a voulu cette année s'ouvrir les horizons les plus larges», dit François-Xavier Descamps, coordinateur de l'événement. Pas si larges que cela pour certains, à l'image de Kristof, 26 ans, qui apprécie l'événement mais regrette que «la Fête de la musique ne serve qu'aux groupes ou ensembles déjà connus». Lui rêve d'une «explosion» de scènes un peu partout dans la ville, offrant leur chance à des groupes moins accomplis...

A Molenbeek, à la toute nouvelle Maison des Cultures et de la Cohésion sociale, ce sont justement des noms moins connus, mais pas moins accomplis, que l'on a voulu mettre sur le devant de la scène. Et il y en avait pour toutes les sensibilités et toutes les communautés, même si «on ne peut jamais contenter tout le monde» dit Sonia Triki, responsable de la Fête de la musique dans la commune. Qu'importe. C'est d'abord la corde sociale qu'il fallait faire vibrer, et ceci sur des airs de flamenco, de rap ou encore sur des valses. Cela faisait d'ailleurs dix ans que Molenbeek n'avait pas fêté la musique. Un temps que Sonia Triki compte rattraper très vite, histoire de redonner toutes ses lettres de noblesse à la musique dans la commune, «un formidable outil de cohésion».

© La Libre Belgique 2006