Bruxelles

L'hiver de 1876 fut très rude à Bruxelles. Au point de mettre en péril l'aide aux enfants en difficulté. Un groupe d'amis sous la conduite de Jean Bosquet décida de profiter du carnaval pour collecter en leur faveur. En se déguisant en «noirauds» à l'allure très bourgeoise, avec haut de forme et fanfare burlesque... C'était dans l'air du temps: cette année-là, une Conférence géographique internationale s'était tenue à Bruxelles sous l'impulsion de Léopold II et déboucha sur une Association internationale africaine. L'opération s'intitula «Conservatoire de Zanzibar» avant de se muer en Conservatoire africain. L'initiative n'avait nulle intention raciste: les collecteurs devaient rester absolument anonymes; d'où un maquillage particulièrement soigné...

Cent trente ans plus tard, le Conservatoire est toujours présent mais depuis 45 ans, il est aussi connu comme l'oeuvre royale des berceaux Princesse Paola. Alors que la famille royale avait toujours suivi avec sympathie le cheminement de l'association, une plus grande proximité se fit jour en 1961 lorsqu'une lettre du chef de cabinet du roi Baudouin, René Lefebure, apprit aux membres du CA que la princesse Paola acceptait de patronner ses activités.

Pendant 30 ans, elle présida une remise annuelle de berceaux symboliques qui permettaient de soigner un bébé pendant un an. Mieux: en 1976, parmi les collecteurs anonymes, l'on retrouva les princes Philippe et Laurent. Et sur le timbre du centenaire, le noiraud de service ressemblait, et pour cause, à l'actuel prince héritier.

Devenue Reine des Belges, Paola a continué à manifester un vif intérêt pour l'OEuvre, d'autant que son action n'a cessé de se diversifier: des aides furent octroyées à des mères en difficulté et pour l'accueil d'enfants du juge. Récemment, des fonds ont été destinés aux orphelins de Ghislenghien, mais l'oeuvre travaille aussi, de façon très pluraliste, avec divers hôpitaux tels Brugman, Reine Fabiola, St-Pierre ou St-Luc, avec une focalisation sur les services néo-nataux.

L'aventure fait l'objet jusqu'au 14 mai d'une intéressante exposition, très riche en documents et pièces rares, à la Maison du folklore et des traditions, 19 rue du Chêne. Les responsables actuels du Conservatoire ont eu la bonne idée d'inviter la Reine Paola à la pré-inaugurer.

A la voir découvrir avec un réel intérêt les diverses vitrines et tableaux, mercredi midi, il ne fait pas de doute que la souveraine reste très attachée à une des premières OEuvres à porter son nom. Mieux: s'attardant devant moult archives rappelant son implication personnelle, la Reine n'a pas manqué de souligner «l'ambiance très chaleureuse» qu'elle y a toujours rencontrée...

L'expo est ouverte du jeudi au dimanche, de 12 h à 17h. Rens.: 0475.91.53.53.

© La Libre Belgique 2006