La table, entre peurs et plaisir

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Bruxelles

Rappelez-vous la crise de la vache folle ou celle de la dioxine... La joie de manger, ici, une bonne cervelle à la sauce tartare ou de déguster-là une vraie mayonnaise voire une belle poularde digne des "kiekefretters" bruxellois firent place à des peurs parfois démesurées. L’on glisse donc très vite du plaisir à l’angoisse et de la sécurité à l’insécurité alimentaire. Ces préoccupations ne sont pas qu’alimentaires et reflètent aussi l’état d’une société.

A la VUB, parti d’une thèse de doctorat sur les prix des biens alimentaires composant l’index, Peter Scholiers s’est mué en historien et sociologue avisé qui se penche avec passion sur l’évolution de nos mœurs alimentaires. Il se fait par ailleurs que les Archives et les musées de la Ville de Bruxelles abritent de vrais trésors en matière d’affiches, de brochures, de photographies sur tout ce qui touche aux nourritures terrestres. Thérèse Symons, la directrice des Archives a donc eu une fois de plus une bonne idée d’exposition et de livret y afférant en proposant une "joint-venture" entre le spécialiste de la VUB et ses propres services.

Ainsi dit, ainsi fait, c’est une petite mais intéressante exposition qui démarre ce jeudi aux Archives de la Ville dans les anciens magasins Waucquez. Au fond, il n’est pas surprenant que cela se passe sous les auspices de la Ville : depuis 1856, elle a son propre laboratoire d’analyse à l’initiative du maïeur d’alors Charles de Brouckère. A l’époque, la suspicion à propos de la qualité des aliments allait croissante. On doutait de la qualité des farines et puis du poids réel du pain. Plus tard, la qualité du lait laissa perplexe car on y ajoutait de l’eau. Mais l’histoire de la table est aussi liée à l’évolution du bien-être : à partir de 1860, les gens ordinaires ont pu se procurer quotidiennement de la viande, de la charcuterie, du beurre et du genièvre.

En même temps, les plus nantis utiliseront aussi leur manière de se nourrir pour se montrer : les restaurants se multiplient alors qu’à la fin du XIXe siècle, ce sont les chaînes de magasins qui créent des centaines de succursales en ville comme à la campagne. Le XXe siècle sera lui celui de toutes les accélérations même si les deux guerres marquèrent un temps d’arrêt.

L’expo raconte cette évolution par de nombreux documents qui reflètent bien leur époque. Mais rien n’est jamais définitif : à l’heure où l’abus de sucre suscite moult condamnations, on n’imagine plus que la Croix-Rouge elle-même poussait à sa surconsommation. Et puis on retiendra qu’ "une crise financière est certes très grave mais une crise alimentaire l’est encore bien davantage" .

Parole d’expert : c’est Peter Scholiers qui le dit qui ajoute toutefois qu’il faut toujours relativiser : "La faim dans le monde est toujours là même si en même temps, l’obésité n’a jamais autant posé problème..."

L’expo est ouverte jusqu’au 21 décembre ; "Deux siècles de peurs et de plaisirs de la table" est paru dans la collection Historia Bruxellae. Rens.: 02/279 53 20

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