Bruxelles

La chanteuse de 28 ans s'offre un album entier aux côtés de Tony Bennett. Un "honneur" pour la Gaga, que d'aucuns n'imaginaient sans doute pas à l'aise dans le registre jazz.

Il a 88 ans, elle en a 60 de moins. Il est une des légendes vivantes du jazz, elle est l'icône pop absolue de ces cinq dernières années. Il est d'un classicisme à toute épreuve, avec ses costumes parfaitement taillés, elle crée l'émeute à chaque apparition avec ses chapeaux en cheveux ou ses robes en viande. Mais malgré l'abysse qui existe entre eux, Tony Bennett et Lady Gaga se "kiffent". Totalement improbable, ce duo ? Pas tant que ça... Les deux artistes partagent en effet cet amour pour les grands standards américains, qui les réunit aujourd'hui sur un album intitulé Cheek to cheek.

Flash-back. Un soir de 2011, Tony Bennett écoute la New-Yorkaise reprendre Orange Colored Sky du grand Nat King Cole. C'est la révélation. Dans la foulée, il invite la Gaga à interpréter The Lady is a Tramp sur son album Duets II. "Elle est aussi douée qu'Ella Fitzgerald", s'enthousiasme à l'époque le jazzman à la voix d'or dans le magazine Rolling Stone. Le coup de foudre est réciproque et trois ans plus tard, Bennett et Lady Gaga transforment l'essai avec Cheek to cheek. Un "honneur", mais aussi un gros défi pour la chanteuse, qui n'avait plus touché à ce registre depuis plusieurs années, de son propre aveu. "J'ai découvert cette musique à 13 ans et depuis, je l'ai toujours adorée", déclare Lady Gaga, que le grand public connaît surtout pour ses mélodies pop parfaitement calibrées pour la bande FM.

"Un album pour les jeunes générations"

Cet album, c'est également une façon de propager la bonne parole professée par le vénérable Bennett. "Il s'agit d'honorer Tony, de faire connaître son talent artistique ainsi que tous ces grands noms, comme Gershwin par exemple, aux jeunes générations", explique la diva. "Le jazz se réinvente sans cesse, on le chante en fonction de ce que l'on ressent. Cela ne s'apprend pas, c'est un don et Lady Gaga le possède", déclare quant à lui le crooner sous le regard mi-honoré, mi-groupie de la jeune femme.

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Arrivée à la Gaga, vêtue d'une robe de velours bleu nuit et à grands renforts de talons hauts, l'Américaine évoque son expérience aux côtés de celui que Frank Sinatra considérait comme "The best in business". "J'ai beaucoup appris sur le jazz, la vie, notamment grâce aux anecdotes sur Duke Ellington et d'autres légendes", ajoute-t-elle.

Un cadre simple... aux normes gagesques

Pour fêter la sortie de ce nouvel opus, les deux artistes se sont offerts un écrin de choix: la Grand' Place de Bruxelles. C'est lors d'un concert très privé (trop au goût de certains) que la Mother Monster et Mister Bennett ont présenté leur bébé à la face du monde. Des fonts baptismaux à la hauteur de l'évènement. "Et loin de l'ambiance des stades de football", se ravit Tony Bennett, moins rompu que Gaga à ce genre d'exercice. Il se plie malgré tout de bonne grâce à une séance photo sur le balcon de l'hôtel de ville, sous les vivas d'une foule que l'on imagine plus portée sur "Bad Romance" que sur "Stranger in Paradise".

Tout le contraire du Grand Jojo, venu assister à la venue du chanteur devant la presse, tout comme François Pirette ou encore Salvatore Adamo. "Il m'a bercé depuis toujours, j'ai tous ses disques depuis 1955", raconte le chanteur brusseleir. "Mon seul regret est de ne pas l'avoir vu à Las Vegas, alors que j'y ai vu se produire Frank Sinatra, par exemple. Maintenant que lui et Dean Martin sont décédés, c'est la dernière légende vivante de la chanson. J'ai fait un vrai bond en arrière. Même au bout du monde, je serais revenu en Belgique pour le voir."

Du côté de la Ville, on se frotte les mains de voir les deux stars fouler le sol bruxellois. Ce choix offre un énorme coup de projo sur la Grand'Place. Mieux, le concert a été filmé et les images seront "diffusées dans le monde entier", assure-t-on. Clip, teaser, promo, à quelle sauce sera mangée la Grand'Place ? Peu importe pour la Ville, qui profite de la venue des deux artistes au Cirque royal et au Sportpaleis d'Anvers pour se couvrir de paillettes. Et de barrières nadar.

Qu'importe à nouveau. Après trente minutes de show (de 22h45 à 23h15), le résultat est là, ronronnant mais parfaitement maîtrisé. C'est surtout Bennett qui laisse sans voix sur Anything goes, lui encore plein de verve après une heure trente de concert au Cirque. Fair-play, Lady Gaga lui laisse la vedette non sans avoir réussi son examen de jazz.