Bruxelles La commune de Schaerbeek reproche au bourgmestre teenodois de mener une politique "irréaliste" contre la prostitution.

Depuis le drame qui s’est joué dans la nuit de lundi à mardi, les deux communes n’ont cessé de se renvoyer la balle. Si Emir Kir (PS), bourgmestre de Saint-Josse, s’est abstenu de tout commentaire, la commune de Schaerbeek a, elle, remis en cause la politique de lutte contre la prostitution menée par le bourgmestre teenodois, bien que les faits se soient bel et bien déroulés sur le côté schaerbeekois de la rue.

"La volonté d’Emir Kir de fermer les carrées du quartier nord ne va mener qu’à une chose : ces femmes vont désormais toutes exercer leur métier sur le trottoir, et dans des lieux insécurisés", explique le cabinet de Bernard Clerfayt (Défi), bourgmestre de Schaerbeek. Pour rappel, le collège de Saint-Josse a confirmé la semaine passée leur décision de fermer les 80 carrées du quartier de la rue Linné, dès janvier 2019.

Depuis le début de la législature, Emir Kir tient une politique d’envergure contre la prostitution qu’il désire éradiquer complètement de sa commune. Une décision qui avait été critiquée par le collectif Utsopi (Union des travailleur-se-s du sexe organisé-e-s pour l’indépendance) selon laquelle le bourgmestre, en décidant cela, mettait 150 filles à la rue. 

Un avis que partage la commune voisine pour qui cette politique n’est pas réaliste. "Nous pensons que la prostitution est un fait. Elle est sur notre territoire, et il faut donc l’accompagner, la gérer, l’encadrer. Ce n’est pas à nous d’interférer dans ce domaine, il y a d’ailleurs une convention qui l’interdit. Fermer les carrées ne fera que déplacer le problème, ça ne le supprimera pas", explique le cabinet de Bernard Clerfayt.

Ce manque de cohésion entre les deux entités est d’ailleurs pointé du doigt par la secrétaire d’État en charge de l’Égalité des chances Bianca Debaets (CD&V). "Il y a aussi un manque de cohérence au sein des partis, où tous donnent des avis différents. La différence de vision dans chaque commune bloque tout. Il faut que la Région prenne ça en main." Pour assurer la sécurité des prostituées à Bruxelles, la secrétaire d’État se réfère notamment à la Villa Tinto d’Anvers, maison close à ciel ouvert, encadrée par la police, dans laquelle chaque chambre est dotée d’alarmes, et où chaque prostituée est enregistrée. "On avait proposé le projet à Schaerbeek il y a quelques années, mais le bourgmestre a refusé, car cela attirerait, selon lui, encore plus de prostitution", explique Bianca Debaets.