Le Bulex, une vie nomade

Alexandre Alajbegovic Publié le - Mis à jour le

Bruxelles

Tu as fait quoi, samedi soir ?" "J'étais au Bulex." "Et toi ?" "Moi aussi !" Elle aussi, lui aussi, nous aussi ! Elles ne sont pas tombées de la dernière pluie, mais les soirées Bulex ont quand même connu un drôle d'essor ces derniers mois. Tous les premiers samedis du mois, dans le décor aussi immense qu'improbable de l'ancienne école de Batellerie (à deux pas de Tour & Taxis), la fête bat son plein. Dans les genres musicaux comme dans le public, le brassage est total. Mais réduire le Bulex à une simple déferlante festive, ce serait faire impasse sur tout un autre pan de sa raison d'être. Derrière les soirées, la culture a son mot à dire.

"Tout a commencé à la fin des années 80, début des années 90", raconte Dominique Speeckaert, directeur de l'asbl Bulex. "Bruxelles était au point mort au niveau de la musique, du théâtre et de la fête." Dominique Speeckaert organise alors des petites expositions chez lui, chaque premier samedi du mois. Quelques amis en profitent pour boire un coup. L'idée de base est là : "Organiser une soirée au contenu culturel et festif, faisant office de tremplin pour des artistes qui n'ont rien pour se lancer." Les amis vinrent avec d'autres amis qui vinrent avec d'autres amis qui vinrent avec... la machine était lancée.

Dominique Speeckaert a beau pousser les murs au maximum, les soirées se trouvent vite à l'étroit et migrent vers un premier lieu : la raffinerie du Plan K. Puis, ce sera la Maison du Peuple sur le parvis de Saint-Gilles, la rue Mommaerts, Tour & Taxis, le Heysel et bien d'autres... Des lieux investis parfois à la sauvage, parfois dans les règles. Dans le premier cas comme dans le second, le Bulex sera toujours prié de plier bagage : être voisin du Bulex n'est pas du goût de tout le monde. Systématiquement mise dehors par les autorités locales, l'asbl joue donc les nomades. "On a toujours le moteur qui tourne, prêt à partir", plaisante Dominique Speeckaert. Dans les hauts comme dans les bas, l'asbl ne perdra jamais son public, toujours enclin à la suivre dans l'un ou l'autre de ses points de chute.

Si le Bulex n'a jamais disparu, c'est aussi que les soirées ne sont qu'un pan de ses activités. En parallèle, l'asbl aide aussi les artistes en devenir. Ils y trouvent souvent une première scène, une première exposition, un atelier, ou encore des sessions d'enregistrement en studio. Le Bulex ouvre également ses portes aux répétitions de théâtre ou de danse. L'asbl participe aussi à d'importantes manifestations culturelles, comme le Parcours d'artistes saint-gillois, la Fête de la Musique de Louvain-la-Neuve, ou encore la Nuit blanche. Les énormes soirées à la Cité administrative, puis à la galerie Ravenstein, c'était griffé Bulex.

Depuis 2006, le Bulex est installé dans l'ancienne école de Batellerie. "J'avais repéré le lieu il y a plus de dix ans, avoue Dominique Speeckaert. Le bâtiment appartient à la ville de Bruxelles qui nous le loue en attendant d'attaquer des travaux de rénovation pour l'école de police." Des travaux imminents qui devraient de nouveau pousser le Bulex vers un autre lieu. "Les choses étaient claires depuis le début, il n'y a pas lieu à polémique", précise le directeur du Bulex. Si elle s'ajoutera à la longue liste des lieux occupés par le Bulex, l'ancienne école de Batellerie restera quand même le symbole de la dimension prise ces derniers mois par les soirées de l'asbl. Entre 1 000 et 1 500 personnes s'y retrouvent chaque premier samedi du mois, sans oublier celles que le Bulex est obligé de laisser dehors pour des raisons liées à la sécurité.

"Jeudi-bars"

Victime de son succès, le Bulex ? "C'est vrai que l'essor de ces derniers mois nous fait un peu réfléchir. Dans l'esprit de beaucoup de gens, le côté festif a pris le pas sur le côté culturel des soirées." Si bien que le gros des troupes débarquent sur les coups de 2 h du matin, alors que la soirée a commencé par des concerts et expositions dès 21 h. Aussi, le Bulex revendique plus que jamais son ambition "culturo-festive" que l'on retrouve plus dans l'intimité de ses "Jeudi-bars" au cours desquels musiciens amateurs et confirmés partagent une jam avant d'assister à un concert.

On souhaite au Bulex de réussir à rééduquer son public à "l'esprit maison" lors des prochaines manifestations. A commencer par les 18 ans du Bulex, célébrés jeudi et samedi, puis plus tard, en mai, pour son festival "Onze". En attendant de se mettre de nouveau en quête d'un lieu. "De toute façon, le Bulex est fait pour être déplacé", rassure Dominique Speeckaert.

Infos : Web www.bulexasbl.be.

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