Bruxelles

Après 22 ans de tergiversations, de projets, de contre-projets, de combat des défenseurs du patrimoine contre la puissance de l’argent et d’autres luttes pour défendre ce parc de 1,6 hectare posté à côté de l’école Saint-Hubert à Boitsfort, le domaine du château Charle-Albert va enfin sortir de l’horrible ornière dans laquelle il se trouvait.

Le château avait été construit par l’architecte Charle-Albert (1821-1889) entre 1869 et 1887, comme l’écrit Linda Van Sandvoort dans le dictionnaire de l’architecture paru au Fond Mercator. Charle-Albert donna le nom de "Vlaamse Huis" à cette bâtisse qui se voulait un fer de lance de la tradition et de l’éclectisme tout en montrant que cet art total de style néo-Renaissance flamande pouvait parfaitement s’accommoder des dernières nouveautés du confort. Le nom flamand a disparu au fil du temps pour ne retenir que celui de l’architecte.

Plus tard, le bien entra dans la famille du premier ministre van Zeeland dont la descendance le gardera intact jusqu’au début des années 1980. Le ministre y vécut de 1933 à 1973. Mais le château ne trouva pas preneur à temps. Les squatteurs profitèrent de son abandon, puis on vit passer par là les flammes ravageuses de l’incurie avec la quasi-bénédiction des pouvoirs publics locaux et régionaux qui n’avaient rien à cirer d’un tel mastodonte considéré comme tant d’autres édifices éclectiques comme impur et laid.

Malgré tout, la région classa la maison en août 1988 : trop tard. A partir de 1992, le groupe immobilier Codic se pencha sur le mourant et projeta des choses incommodes pour les pouvoirs publics. En mars 2005, l’affaire semblait prendre belle tournure mais l’ajout d’un bâtiment trop profond et trop haut pour implanter des bureaux fit monter aux barricades les acharnés du patrimoine autant que la direction de l’école voisine. Codic aura tenu 22 ans la barre de ce vaisseau perdu jusqu’à prendre conscience que son métier était ailleurs.

Un miracle advint en cette année 2012 car un investisseur espagnol a décidé de racheter le lot, de préserver le parc classé en partie en Natura 2000 et de reconstruire le château à l’identique. Il n’y aménagera que très peu de bureaux et en fera sa résidence bruxelloise. Il s’agit d’un habitant de Majorque, Don Luis Fidalgo. Plus de 4 millions d’euros sont prévus pour relever la bâtisse d’ici 2014.

80 % des frais seraient soutenus par la région, ce qui semble extravagant et curieux. Au nom de quoi l’argent public est-il ici accordé pour un projet privé qui n’est pas classé comme patrimoine majeur ?