Bruxelles

A Bruxelles (et ailleurs), il ne faut pas confondre les canalisations de distribution d’eau et le réseau d’égouttage. Les premières ne sont pas aussi gangrenées que le second, même si la conduite de distribution qui a cédé, la semaine passée, chaussée de Louvain, provoquant évacuations de riverains et problèmes sur le rail, avait plus de cent ans d’âge.

Fonte grise

S’agissant des canalisations de distribution d’eau, Marie-Eve Deltenre, porte-parole de Vivaqua, le gestionnaire du réseau de distribution d’eau dans la capitale, insiste sur le fait que Bruxelles affiche un taux de renouvellement de 1,3 % par an, ce qui met la capitale belge dans le peloton de tête des villes d’Europe les plus efficaces.

Mais dans certains secteurs (comme la chaussée de Louvain), on vient de très loin, avec des conduites en fonte grise plus que centenaires. Ce type de matériau est encore utilisé sur 643 des 4 000 kilomètres de canalisations.

Des décennies d’inertie

Le réseau d’égouttage - responsable de l’effondrement de la rue du Cardinal-Mercier en août - est, lui, en bien plus piteux état. Il développe 2 000 kilomètres sous Bruxelles et les experts estiment que 25 % à 30 % des conduites et des raccordements exigent un remplacement urgent.

En cause, des années d’inertie de la part des autorités, qui ont attendu 2010 pour lancer un plan de rénovation portant sur 25 kilomètres par an. Un nombre de kilomètres restreint, car la mobilité ne s’accommode pas d’une multiplication des chantiers.

Longtemps, les communes bruxelloises ont préféré réaliser des investissements plus visibles que ceux qui concernaient les égouts. Elles ont fini, au début de ce siècle, par céder le réseau à l’intercommunale Hydrobru, qui s’occupe de la distribution et de l’assainissement de l’eau. Hydrobru a, elle-même, confié les travaux de rénovation et d’entretien à la société Vivaqua.

Un milliard et demi d’euros

En 2009, déjà, à la demande du gouvernement bruxellois, qui avait débloqué 32 millions d’euros pour procéder à un état des lieux du réseau, Vivaqua, après avoir examiné 125 kilomètres d’égouts, avait conclu que la moitié des conduites étaient dans un état qualifié d’interpellant. Fin 2015, Vivaqua annonçait que 500 à 600 kilomètres d’égouts exigeaient une intervention rapide. C’est toujours le constat que l’on dresse aujourd’hui, alors que le budget initialement débloqué par le gouvernement bruxellois a été revu à la baisse en 2016.

Désormais, on estime que pour mener à bien une campagne de rénovation ou de remplacement des égouts bruxellois, il faudra dépenser 1,5 milliard d’euros. Même si ce montant sera étalé dans le temps, cela va constituer une charge budgétaire, de quoi relancer le débat sur une augmentation du prix de l’eau pour le consommateur.

Marie-Eve Deltenre rappelle qu’une directive européenne précise qu’il faut appliquer le coût vérité et, qu’en théorie, tous les frais nécessaires à la production, à la distribution et à l’épuration des eaux doivent être pris en charge par le consommateur. "Le montant devrait se répercuter à l’avenir sur la facture d’eau", commente-t-elle. Actuellement, pour une consommation annuelle de 35 mètres cubes par personne, le Bruxellois paie 3,24 le mètre cube. On ignore ce qui l’attend à l’avenir, mais le débat parlementaire sur la fixation du prix de l’eau risque d’être sensible.

Tout cela alors que, selon les experts, une rénovation préventive du réseau d’égouttage aurait coûté trois à dix fois moins cher que les rénovations d’urgence.