Bruxelles

Dimanche dernier, le "Café Fontainas", réputé, entre autre, pour sa clientèle homosexuelle a été le théâtre d’une tragédie. Trois hommes y sont entrés en proférant des insultes homophobes. Un de ces hommes s’est vu asséner trois coups de couteaux. Un accident qui " devait arriver " selon Jean-Louis Vandurme, un habitué du quartier.

Frederic, travaille dans le salon de coiffure "eaucontrair" rue du Marché au charbon. Il remarque une clientèle choquée par l’accident "mais les plus choqués sont ceux qui sortent le soir surtout que le Fontainas est un bar tranquille. Il n’y a jamais de problème là-bas d’habitude." Quant au personnel du Fontainas, il refuse de répondre aux questions. "Comme nous sommes une petite famille nous n’avons pas envie d’en parler", explique un serveur.

Le quartier endeuillé continue sa vie dans la crainte de nouvelles agressions. "Ce n’est pas très rassurant. Mais ici nous voyons surtout des gens de la ville. Ils ne changent pas leurs habitudes pour autant", ajoute Frédéric qui ne remarque pas de baisse de fréquentation. David San Juan, un espagnol de 23 ans, sort souvent rue du Marché au charbon. "Je n’avais pas particulièrement peur avant, mais depuis cette histoire je ne suis un peu effrayé", explique-t-il.

Cet accident est hélas significatif d’une réalité bien présente dans le quartier. "Nous subissons des agressions homophobes toutes les semaines. Je ne connais pas un seul gay qui ne s’est jamais fait agresser", déplore Jean-Louis Vandurme. Il a lui-même été victime et témoin d’agression. Il raconte : "la police ne fait rien. L’autre jour mon copain était au sol en sang, après s’être fait frapper par un groupe. J’ai appelé le commissariat. Ils m’ont demandé si il avait le fond des yeux bleu ou rouge, je ne me souviens plus, j’ai répondu que non alors ils m’ont juste dit que ça allait passer et ils ont raccroché. On ne se sent pas en sécurité. Ils sont au bout de la rue et pourtant des agressions ont lieu régulièrement." Des propos qui étonnent dans un pays où les pacs et le mariage homosexuel sont autorisés.

A cette remarque François, un homosexuel de la rue rétorque : "ce ne sont pas les Belges qui nous agressent car ils ont appris à accepter l’homosexualité. Ce sont plutôt des populations dont les mœurs diffèrent et qui n’ont pas été éduquées à y faire face. Ce sont toujours des jeunes qui n’ont plus aucun repère, peut-être que ça les rassure." Un constat partagé dans le quartier. Il s’agit de jeunes qui boivent trop et décident d’aller "taper de l’homo", selon les propos de François.

Un couple raconte une méthode fréquemment utilisée par les agresseurs : "c’est simple, un jeune hétéro se fait passer pour un gay, il va dans un bar et drague les gays. Dans le meilleur des cas il vole le portefeuille de celui-ci quand il baisse sa garde, mais souvent ça va plus loin. Il fait en sorte que l’homosexuel l’emmène chez lui en fin de soirée et là il lui casse la figure. C’est un scénario fréquent et on a pris l’habitude de se méfier. Ce souvent les plus jeunes qui se font avoir."

Ainsi, certains bars comme le "Boys Boudoir" prennent leurs précautions et mettent un videur à l’entrée qui essaie de repérer ce genre d’imposteurs. Le couple ajoute que "certains commerces donnent même des backchichs à des groupes d’homophobes connus pour qu’ils laissent leur clientèle tranquille."

Pour de nombreuses personnes de la communauté gay, l’homophobie est, hélas, peu connue de la population. Les médias en parlent peu et le gouvernement encore moins "si ces agressions avaient lieu dans les cafés de la Grand Place, là c’est sûr on en parlerait. L’homophobie n’est pas une obsession pour nous mais nous en parlons car c’est fréquent", remarque Jean-Louis Vandurme.

David San Juan explique qu’il "n’y a pas ce problème à Madrid. Il y a un quartier gay également mais il est plus ouvert et les homosexuels ne sont pas embêtés là-bas." Il ajoute : "je pense qu’il y a un travail à faire au niveau de l’éducation mais avant l’adolescence quand on aborde le sujet de la famille." Un avis qui diffère de celui de Jean-Louis Vandurme qui lui estime que la situation nécessite "des rondes de police et des caméras dans le quartier."