Bruxelles

Etonnant! Pour accéder au théâtre Saint-Michel, le visiteur traverse d'abord la grande cour du collège Saint-Michel, grimpe quelques marches puis pousse la porte vitrée du grand hall d'entrée.

Dans ce hall, haut de plusieurs mètres, des ouvriers s'affairent à rafraîchir les grands murs blancs et à dérouler un immense tapis rouge. On entend le bruit léger de quelques notes de musique virevolter dans l'air. De larges fenêtres avalent la lumière du soleil. Sur la droite, un immense escalier en granit mène aux étages. Au centre, une porte à double battant s'ouvre sur la salle Saint-Michel.

Paris sur scène

Avec ses fauteuils de velours rouge, ses rampes dorées, son tapis rouge, son épais rideau rouge, ses deux balcons en «U» et son grand plateau, le théâtre Saint-Michel s'inscrit sans conteste dans la grande tradition classique.

Inauguré par les Jésuites en 1932, le théâtre Saint-Michel, attenant au Collège, est toujours la propriété du collège des Jésuites. Mais aujourd'hui, il est géré indépendamment et est animé par le désir de devenir un haut lieu culturel à Bruxelles.

«Lorsque j'ai repris le théâtre en 1997, il était à l'abandon», explique Antonio Vilardi, directeur du théâtre Saint-Michel et pianiste italien de renom. «Le hall d'entrée était tout noir et les murs étaient en bois. Dans la salle, le plafond était tombé, il n'y avait plus de chaises aux balcons, tout était recouvert d'un tissu vert triste et la scène était plus petite. Mais j'ai ressenti quelque chose. Ce lieu avait une âme. Nous l'avons complètement rénové. Je voulais un théâtre rouge et doré comme dans la tradition», poursuit-il.

Depuis 1998, la salle Saint-Michel propose une programmation essentiellement musicale: concerts classiques et modernes, orchestre avec, entre autres, le Brussels Philarmonic Orchestra et danse. «Il manquait le pôle théâtre mais comme je ne connaissais pas bien ce domaine, j'étais plus réticent», confie Antonio Vilardi.

C'est alors qu'il rencontre Pascal Legros, producteur de pièces de théâtre à Paris, et Albert Maizel, directeur du théâtre La Toison d'Or, tous deux initiateurs du projet Les Théâtrales.

Ce projet a pour volonté de présenter à Bruxelles le meilleur de la scène parisienne. «La salle en elle-même nous intéressait», raconte Albert Maizel, directeur des Théâtrales. «Nous voulions un grand théâtre classique (NdlR: la salle Saint-Michel compte 1400 places assises) avec une grande scène. De plus, il offre des facilités de parking», précise-t-il.

Un théâtre décentré

«Le théâtre se situe à Etterbeek, dans le sud-est de Bruxelles, et est donc décentré par rapport à la plupart des théâtres bruxellois», explique Albert Maizel. Et d'ajouter, «C'est une zone résidentielle très intéressante pour le genre de spectacle que nous voulons présenter. Il y aura maintenant une vraie activité théâtrale récurrente pour les habitants de Woluwe, Auderghem, Etterbeek, Lasne, la Hulpe, etc.»

«Nous avons fait venir ce que l'on croit être le meilleur de Paris, c'est-à-dire des pièces classiques grand public qui vont faire rire et réfléchir, avec des vedettes parisiennes», raconte Albert Maizel. «Mais qui dit vedettes dit aussi coût d'exploitation. Nous sommes conscients que le théâtre coûte cher. Nous présentons des pièces de qualité dans une salle prestigieuse mais le prix des places (37 à 57 euros) ne reflète pas notre volonté de viser un public bourgeois ou pseudo-élitiste. Mais bien qu'un spectacle coûte cher», ajoute-t-il.

Soucieux de rendre ses prestigieuses pièces accessibles à tous, le théâtre Saint-Michel propose des formules d'abonnement ainsi que des places à 10 euros pour les moins de 25 ans. «Le théâtre, c'est d'abord de l'émotion, et l'émotion peut être ressentie par tout un chacun», souligne Albert Maizel.

© La Libre Belgique 2005