Bruxelles La Région n’a produit que 110 logements sociaux par an ces douze dernières années.

La Région bruxelloise est-elle incapable de construire des logements sociaux en suffisance ? D’après un bilan très fouillé publié la semaine passée par l’association Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH), la réponse est clairement oui.

Depuis 2005, le gouvernement bruxellois n’a réussi à construire que 110 logements sociaux par an. On est très loin des 5 000 logements sociaux promis par le gouvernement Picqué II en 2005, dont l’action était menée par la très volontariste Françoise Dupuis (PS) à l’époque. Annoncé à grand renfort de communication, ce plan régional du logement s’était donné pour objectif de construire 3 500 logements sociaux et 1 500 logements moyens durant la législature, soit cinq ans.

"Bilan catastrophique"

"Douze ans après les premières annonces, on n’en mène pas large", commente le RBDH dans son rapport compilant toutes les données officielles publiées depuis 2000. "La production de logements publics n’a pas décollé. Tout au plus un léger frémissement. La promotion immobilière privée par contre se porte bien. Plus inquiétant à nos yeux : le logement social dont le bilan est catastrophique. Le secteur s’en tire péniblement avec une production annuelle moyenne de 110 logements."

Entre-temps, la liste d’attente a explosé : 43 000 ménages sont en attente d’un logement social à Bruxelles. "Et pourtant", poursuit le RBDH, "à écouter ceux qui sont à la manœuvre, les choses iraient bon train. On assiste à une multiplication d’annonces positives, à une indigestion de chiffres lancés à tout va et toujours plus prometteurs les uns que les autres. On nous martèle que les moyens sont là et colossaux en plus, que le logement social est une priorité…"

Dans les faits, c’est tout le contraire, dénonce l’ASBL qui estime que "ça déraille et ça déraille même beaucoup". De l’argent public pourtant, il y en a. Et un paquet. En 2013, le gouvernement Vervoort II a lancé un deuxième plan logement, baptisé Alliance Habitat. Dans ce plan, la part du logement social est passée à 44 % du total des biens à construire, soit "3 000 sur un objectif global de 6 720 logements" .

Causes multiples

Toujours selon le RBDH, les causes de ce fiasco sont multiples. L’ASBL ne s’explique néanmoins pas pourquoi le gouvernement avait confié la maîtrise du plan régional du logement à la Société régionale du logement bruxellois (SLRB), qui "ne présente aucune des caractéristiques d’un promoteur immobilier. Ce n’est pas un producteur de logements".

Dans sa mission, la SLRB a été épaulée par d’autres entités publiques bruxelloises telles que la SRIB - qui a créé la SFAR pour la production de logements - ou, encore mais plus tard, Citidev (ex-SDRB). La multiplication de ces structures n’a pas non plus permis au gouvernement de garder une cohérence sur ce plan trop ambitieux, chaque entité travaillant un peu dans son coin… "Au final", note le RBDH, "les trois opérateurs du plan logement (celui de 2005) affichent un bilan peu glorieux. L’une des explications tient certainement dans leur ADN propre : aucune des trois entités n’a comme métier le développement immobilier."

Les erreurs du passé ont-elles été comprises ? Pas certain, même si le gouvernement Vervoort II a décidé, l’an passé, "d’affecter plus explicitement une partie des subsides de l’Alliance Habitat à l’achat de bâtiments vides à reconvertir tels que des bureaux ou des chancres, ce qui permet désormais à la SLRB de se constituer des réserves foncières pour des projets futurs".