Bruxelles

La tête couverte d'un capuchon, Lukas, trois ans, court sur le pont de la péniche malgré les fines gouttes de pluie qui perlent jusque sur son nez. Ce petit bout bondit d'impatience face à une écluse : "On ne peut toujours pas passer !" dit-il à ses parents d'un ton désapprobateur bien que captivé par tout ce qui se passe autour de lui. Ses parents installés sous la tonnelle placée sur le pont expliquent ce qui les a décidés à réaliser ce parcours. "Depuis longtemps, Lukas nous parle de bateaux. On n'a donc pas hésité lorsque l'on a appris l'existence de ce type de promenade."

Originaire de Beersel, cette petite famille a opté pour le plus long circuit mais, en principe, on organise son voyage à sa guise. "Les excursions ont lieu les mardis et jeudis jusque fin septembre. En fonction du jour, on propose un itinéraire différent. On peut opter pour le circuit allant de Beersel à Grimbergen ou démarrer à Kappele-op-den-Bos pour rejoindre Bruxelles. Mais quel que soit l'itinéraire choisi, le bateau fait escale à différents endroits. Libre aux passagers de descendre à un quai, de se promener et de remonter à bord sur le chemin du retour. Voire de retourner chez eux en vélo puisque les amateurs de deux roues peuvent embarquer avec leur bicyclette", explique André Leducq, guide nautique.

Ce projet, tout nouveau, d'un bateau omnibus est le fruit de réflexions écologiques : "L'ambition initiale était de créer pour les travailleurs une liaison entre Zemst et Bruxelles afin de réduire les émissions de CO2 émises par le trafic routier. Les arrêts pour la péniche sont déjà prévus mais la limitation de vitesse imposée sur le canal représente un obstacle de taille. Sous peine d'entraîner des vagues, le bateau ne peut dépasser les 8 km/h. Le projet est donc pour l'instant mis entre parenthèses d'ici qu'on trouve un bateau pouvant naviguer vite sans créer trop de vagues mais rien ne nous empêchait d'offrir un tel parcours aux vacanciers, même à une vitesse relativement lente", précise André.

Guide depuis de nombreuses années, André colore le parcours de ces voyageurs d'un jour d'anecdotes et de petites histoires instructives. Daniel, la soixantaine, accompagné de sa femme, a surtout apprécié les histoires sur l'ancienne Belgique comme celle du soldat caporal de Trésignies. "Durant la guerre 14-18, un jeune soldat fut nommé caporal juste avant de mourir pour avoir commis un acte de bravoure. L'homme s'était dévoué pour fermer le pont mais fut touché par une balle allemande avant de rejoindre le bateau de sa compagnie."

Pour ceux qui ne seraient pas fans d'histoire, le guide leur réserve des éclaircissements sur tout ce qui anime le canal : les transports de combustibles, de ferraille et de matériaux de construction. Il parle avec tout autant de passion de ces petits êtres qui peuplent le canal : "voilà un cormoran",

Venu en groupe ou non, le public semble apprécier la ballade et admire les bateau-demeures situés dans le bassin d'Anderlecht. "Plus ou moins 50 personnes embarquent par jour mais l'affluence est plus importante durant la période de Bruxelles-les-Bains."

Le premier bilan ne se fera pourtant que fin septembre. Et si le projet continuait, André note qu'il faudrait modifier certains détails.

(st.)

Infos : Web www.rivertours.be

© La Libre Belgique 2008