Bruxelles Ambiance

Tout Bruxelles le chuchote. Madame Moustache s’est installée sur la place du Marché aux Poissons, à deux pas de Sainte-Catherine. Loin des salsas endiablées et des mojitos enflammés de "Los Romanticos", ancien locataire des lieux, Madame Moustache vous propose son "freak show". Vous avez dit freak ? Un anglicisme pour désigner une exposition d’êtres humains "comportant des aspects physiques sortant de l’ordinaire, tels une taille très faible ou très grande, une souplesse exceptionnelle, l’hermaphrodisme ou n’importe quel autre trait qui portent à choquer le spectateur" .

Vaste programme. Inquiétant ou haletant ? Nous tentons l’expérience un jeudi soir à l’heure où les noctambules fourbissent encore leurs armes. Le monde imaginaire de dame Moustache se dévoile derrière une entrée sobre. Longue table en enfilade, affiches "freak", roulotte où s’enferme le DJ : l’établissement a choisi son univers entre western, music-hall, cirque et fête foraine. Mais après un rapide coup d’œil, les bizarreries se multiplient : des trampolines planent au plafond et des petits canards pullulent entre les bouteilles du bar Tout va bien, la bière doit être à la hauteur. On se rassure comme on peut, tout en étant (presque) étonné de ne pas croiser de géants avalant des sabres, des hommes à trois têtes jouant au tuba ou des femmes ourses lançant des Frisbee dans la salle. Les freaks se cachent-ils ? Et, surtout, où diable est cette fameuse Madame Moustache ?

Jusqu’ici, ce sont des jeunes et moins jeunes, plutôt branchés, qui attirent l’attention du regard en se dandinant sur la piste de danse. Plus loin, les dragueurs tentent leurs chances dans la partie plus intime du lieu. Un magnifique projecteur de cinéma leur tient compagnie. "Notre clientèle va de 18 à 65 ans" , lance Philippe, gérant du "néocabaret".

Parisien, tout comme Maud, sa complice, le jeune homme est au four et au moulin. Au bar, les serveurs rigolent. Tatouages et tenues de matelot y font fureur. Tout comme les gestes à la Tom Cruise dans un film devenu culte pour la profession. " Madame Moustache, c’est avant tout un bar dansant, un endroit où l’on organise des concerts aussi. Mais les soirs plus calmes, nous aimons faire découvrir des cocktails à nos clients." Et paroles de barman, une plongée dans le Blue Lagoon (nom d’un mélange alcoolisé) avec la "Belle Hélène" (nom d’un autre mélange) étourdira plus d’un aventurier.

Mais revenons à Madame Moustache. Où peut-on la rencontrer ? Ma voisine a bien un duvet proéminent, mais est-ce suffisant pour s’attribuer le titre convoité ? Evitons la baffe et poursuivons la recherche. Philippe, dans sa roulotte, tente le grand écart, en passant d’un tube techno à un classique d’Elvis Presley. " On attend le DJ de la soirée, s’excuse presque le gérant. Ce soir, c’est Indie Rock Party. Le but de Madame Moustache c’est de revenir à la base de l’amusement. Sans se prendre la tête." Rien de compliqué, juste une touche d’extraordinaire dans un monde qui l’est parfois moins.

Philippe sort de sa caravane et de ses disques. Ivanov le terrible, (" le colosse de Sibérie" ), Bozo le clown, il nous présente, en affiches, la famille Freak. Très bien. Mais, à tout hasard, des nouvelles de Madame Moustache ? " Des dames à barbe, il y en a partout dans le monde." Ça y est, on touche enfin au but. " Mais ici, je pense que vous n’en trouverez pas." Raté. " En fait le freak show, c’est notre personnel. Et notre clientèle aussi." Le franc tombe. Ces miroirs, omniprésents à en être presque oppressants, ne sont pas là par hasard. Le reflet nous renvoie à la réalité, les bêtes de foire, c’est nous ! " Quand les gens vous prennent pour un monstre, il n’y a qu’une chose à faire : dépasser leurs attentes" , expliquait le photographe Joel-Peter Witkin.

"Madame Moustache", quai au Bois à Brûler, 5-7, à 1000 Bruxelles.

Infos : www.madamemoustache.be