Bruxelles

Cette exposition temporaire coûtera un million d'euros. Trop pour certains défenseurs du musée qui déplorent le manque d'investissement dans la rénovation de certaines salles.

Ça gronde au musée de l’Armée en ce moment. En cause ? Une exposition temporaire – un an – sur le centenaire de la guerre 14-18. Actuellement en cours de montage, cette exposition dispose d’un budget d’un million d’euros. Certaines personnes au sein du musée de l’Armée ainsi que le coordinateur du comité Tervueren-Montgomery Charles Six dénoncent un gaspillage d’argent public pour faire la campagne du Premier ministre Charles Michel alors que certaines salles nécessitent des rénovations structurelles depuis des années.

Baptisée Au-delà de la Grande Guerre : 1918-1928, cette exposition "présentera des pièces exceptionnelles provenant des riches collections du WHI, de musées nationaux et internationaux et explorera plusieurs thèmes majeurs tels que l’offensive finale, la libération, la période d’après-guerre, les révolutions géopolitiques, mais aussi la reconstruction économique, le processus de deuil et la mémoire, les changements sociopolitiques et socioculturels. Le tout dans un décor Années folles et quelques outils interactifs novateurs". Renseignements pris, rien de bien extraordinaire en termes de nouvelles technologies néanmoins, L’expo est organisée par War Heritage Institute (WHI), structure qui englobe le Musée de l'Armée, le fort de Breendonk, le site Gunfire à Braaschat , le site Boyau de la mort à Dixmude, le site Bastogne Barracks et le bunker du commandant Kemmel.

Charles Six, à l’origine d’une pétition en ligne (quasi 23.000 signataires sur change.org) visant la sauvegarde du musée, est interpellé : "Faire une exposition temporaire, c’est bien. Mais pas quand le Musée de l’Armée doit d’abord être rénové. Franchement, quel est le sens des priorités ? C’est comme pour la date de l’inauguration officielle de l’exposition prévue le 20 septembre prochain, soit trois semaines avant les élections alors que la logique aurait voulu qu’elle ait lieu le 11 novembre, jour de l’armistice. On est en droit de se demander si tout cela ne sert pas qu’à faire la campagne de Charles Michel."

© D.R.
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Autre grief, "le délai imposé pour monter cette exposition est bien trop court : un an et demi. On fait à la va-vite et les budgets explosent déjà", dénonce encore Charles Six, qui détaille, chiffres à l’appui, la démesure de cette exposition "alors que les caisses du War Heritage Institute (WHI) dont dépend le musée de l’Armée semblent vides."

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"Pourtant", poursuit Charles Six, "le grand show voulu par le Premier ministre s’élèverait à 800.000 €, financés en grande partie par la Chancellerie. Sur ces 800.000 euros, le quart aurait déjà été dépensé l’an passé pour, notamment, du matériel muséal avant même que le marché ne soit attribué. Manque de chance, une partie de ce matériel serait incompatible avec les besoins de l'entrepreneur en charge de la construction de l’exposition. En 2018, 100.000 euros auraient été dépensés pour la publicité de l’événement puis 100.000 autres pour le catalogue de l’exposition."

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Contactée, la direction du War Heritage Institute confirme que le budget global de l’exposition s’élève à un million d’euros. "L’exposition est financée par le WHI à hauteur de 400.000 euros et par la Loterie nationale à hauteur de 600.000 euros. Le WHI finance la moitié de la conception de l’exposition et la Loterie nationale l’autre moitié ainsi que le budget alloué au catalogue (100 000 euros) et à la communication (100 000 euros)." Le WHI – dont le budget annuel atteint 14 millions d’euros - justifie la date de l’inauguration au 20 septembre par le fait que l’exposition relate, entre autres, l’offensive libératrice qui a eu lieu fin septembre 1918 et que cette date "coïncide avec la reprise des activités socioculturelles tant dans le milieu scolaire qu’associatif". L’achat de matériel incompatible est par ailleurs démenti par le WHI.

Au sujet de la rénovation de certaines salles du Musée de l’Armée, le WHI assure prévoir un budget. "Déjà, au printemps 2019, ouvrira la nouvelle exposition permanente consacrée à la Seconde Guerre mondiale, rénovée et agrandie, afin de célébrer le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. De plus, un projet de partenariat public privé afin de rénover l’ensemble du Musée de l’Armée est toujours à l’étude."