Bruxelles

Entre 300 et 350 personnes, selon l'estimation de la police de Bruxelles-Ixelles, ont pris part samedi à l'inauguration du square Patrice Lumumba à Bruxelles, près de la Porte de Namur, à l'entrée du quartier Matonge. L'événement s'est ouvert en musique avec une fanfare congolaise et des danseurs traditionnels. De nombreux échevins et conseillers communaux de la Ville de Bruxelles étaient présents. Le texte demandant de dédier un espace public à Patrice Lumumba avait été voté à l'unanimité au Conseil communal. Le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close a déclaré qu'il était très heureux d'avoir un square Lumumba sur son territoire et que cette inauguration n'était que le début d'une autre histoire entre la diaspora congolaise et les Bruxellois.

La parole a ensuite été donnée aux associations, qui ont porté le projet pendant des années. "On parle peu de la colonisation dans les écoles et des Congolais belges se sentent brimés", explique Laura Ilunga, membre de l'association Change. "Avoir cette plaque à l'entrée du quartier congolais de Matonge est une reconnaissance forte et on espère que ce ne sera pas la seule et que ce sera un premier pas". Un membre de la famille de Patrice Lumumba a exprimé son émotion face à cette marque reconnaissance qui légitime l'importance de ses combats dans l'histoire de la République démocratique du Congo et de la Belgique.

Le drapeau posé sur le mat tronqué a été soulevé en fin de cérémonie pour dévoiler la plaque commémorative. Les hymnes nationaux belge et congolais ont refermé l'événement et ont fait place à une après-midi ponctuée de prestations artistiques et de concerts. De nombreux participants à la cérémonie sont ensuite partis en cortège jusqu'au rond-point Schuman devant les institutions européennes.

Figure de l'indépendance du Congo belge, Patrice Lumumba a été le Premier ministre de la République démocratique du Congo de juin à septembre 1960. Il a été assassiné le 17 janvier 1961 dans des circonstances troubles qui mettent en cause des responsables belges. En 2002, le ministre des Affaires étrangères Louis Michel avait expliqué que la Commission d'enquête parlementaire belge estimait que rien n'indiquait que le gouvernement de l'époque ait demandé son élimination physique, avant de reconnaître que "certains membres du gouvernement d'alors et certains acteurs belges de l'époque portent une part irréfutable de responsabilité dans les événements qui ont conduit à la mort de Patrice Lumumba". Il a enfin exprimé, au nom du gouvernement, ses profonds regrets et ses excuses.

Une personne sous le coup de l'émotion a crié "Vous avez tué Lumumba" lors de la cérémonie. Elle a été écartée un moment en attendant qu'elle retrouve son calme, a expliqué la porte-parole de la police de Bruxelles-Ixelles. Il n'y a pas eu d'incident.

Joseph Mbeka, coordinateur général du mouvement La Résistance congolaise, s'est plaint par voie de presse de ne pas avoir été autorisé à se joindre à cette inauguration, qu'il dit avoir lui aussi portée. Il estime que ce refus outrepasse l'arrêt du Conseil d'Etat, qui annule l'arrêté du bourgmestre Philippe Close ne l'autorisant plus à manifester sur le territoire de la Ville.