Bruxelles

"Je pense que l'argent n'était qu'une petite raison. Dans ce dossier, on a tué parce qu'on était jaloux", a plaidé Me Christine Calewaert, conseil de la partie civile, lundi matin, devant la cour d'assises de Bruxelles.

Vincent De Bruycker et Denis Nikolovska sont accusés d'avoir volontairement, et avec préméditation, tué un de leurs amis, Xhuliano Brahimllari, un étudiant de 22 ans, et de l'avoir dépecé, en juin 2015. "Xhuliano, c'était un gamin, il n'avait que 22 ans! Il était gentil, beau, serviable, drôle et avait grandi dans une famille aimante", a avancé Me Christine Calewaert qui représente, comme Me Sokov Vljahen et Me Nathalie Gallant, les parents et les frères et soeurs de la victime.

"C'était une personne solaire et fidèle en amitié, mais c'était aussi à ses heures un petit délinquant de beu. Il était aussi soupe au lait et ne se laissait pas faire", a poursuivi l'avocate.

"Comme vous l'avez entendu, les accusés se renvoient la balle. Je me demande encore si c'est une nouvelle tactique, élaborée par eux, ou s'ils ne veulent vraiment plus rien savoir l'un de l'autre. Mais je pense en tout cas que l'argent n'était qu'une petite raison. Dans ce dossier, on a tué parce qu'on était jaloux. La jalousie, ça vous ronge petit à petit et ça vous fait perdre la raison. Le dossier nous a montré que Denis surtout avait ce besoin de se venger quand on lui faisait quelque-chose", a plaidé la pénaliste.

La partie civile a demandé au jury de reconnaître les accusés coupables de meurtre avec préméditation. Les avocats de la défense, quant à eux, ont déjà demandé à la cour que la question de la complicité de meurtre soit également posée.

Vincent De Bruycker et Denis Nikolovska doivent répondre de l'assassinat de Xhuliano Brahimllari, un jeune homme de nationalité albanaise, étudiant en droit à l'ULB, qui était âgé de 22 ans.

Début juin 2015, la disparition de Xhuliano avait été signalée par ses proches et un avis de recherche avait été diffusé par la police fédérale.

Le 9 juin 2015, le tronc démembré d'un corps humain avait été découvert à la limite entre Jette et Wemmel, par des ouvriers communaux. Très vite, la police avait compris qu'il s'agissait de Xhuliano, sur base d'un tatouage. D'autres parties du corps de la victime avaient été découvertes ensuite à d'autres endroits.

L'enquête était remontée jusqu'à Vincent De Bruycker et Denis Nikolovska, des amis de la victime, suite à une enquête de téléphonie. Ils avaient été arrêtés en juin et juillet 2015.

Selon l'enquête, les deux hommes avaient planifié plusieurs jours à l'avance de tuer Xhuliano Brahimllari puis de le dépecer, car ils avaient acheté notamment une machette, une scie sauteuse, une bâche et de la peinture pour repeindre l'appartement où a eu lieu le crime.

D'après les accusés, Xhuliano Brahimllari a été tué à coups de machette, dans l'appartement loué par Vincent De Bruycker, rue Léon Fourez à Koekelberg. Cet appartement servait aux deux accusés et à la victime de repaire pour leur trafic de cannabis. Ils y cultivaient de la marijuana, la vendaient puis se partageaient les bénéfices.

Mais Vincent De Bruycker et Denis Nikolovska s'accusent mutuellement d'être l'auteur de ces coups mortels, commis le 7 juin 2015.

Ils sont néanmoins en aveu d'avoir dépecé le corps ensemble ensuite et de l'avoir éparpillé à différents endroits à Bruxelles et en Brabant flamand.


L'avocat général estime les deux accusés auteur et co-auteur d'assassinat

L'avocat général Jean-Marie Mawet a requis, lundi après-midi, la culpabilité des deux accusés pour l'assassinat de Xhuliano Brahimllari. Pour l'accusation, peu importe lequel des deux a donné les coups de machette, si l'un est auteur, l'autre est d'office co-auteur. "J'aurais tendance à dire que les coups de machette ont été portés par Denis Nikolovska", a avancé l'avocat général, "notamment sur base du test du polygraphe. Je rappelle que Vincent De Bruycker a accepté de le passer et qu'il s'est révélé négatif mais que Denis Nikolovska a refusé de le passer", a-t-il dit.

"Il est vrai que l'enquête a révélé que Vincent De Bruycker avait fait des recherches sur le Web en mettant: "comment fausser un détecteur de mensonges? ", mais rien de ce qui est écrit sur le Web en tapant cette recherche n'est réellement utile pour pouvoir fausser le polygraphe", a précisé l'avocat général.

Ce dernier a ensuite exposé que, selon lui, il importait néanmoins peu de savoir qui des deux accusés a porté les coups de machette car ils sont indéniablement auteur et co-auteur. En d'autres termes, selon l'accusation, les deux hommes ne se sont jamais désolidarisés et cela de la préparation du meurtre à la dissimulation des parties du corps.

Enfin, l'avocat général a affirmé que selon lui le mobile du crime était l'argent, les deux accusés ne souhaitant plus partager les bénéfices d'un trafic de cannabis avec la victime.

Le procès se poursuivra mardi avec les plaidoiries de la défense.