Bruxelles

Alors que la Terre et ses habitants subissent chaque jour un peu plus les conséquences liées au changement climatique (tremblements de terre, cyclones, températures anormalement élevées dans certaines régions, fonte des glaces,...), "il est de l'ordre du devoir pour Bruxelles, capitale nationale et européenne, de préserver et de développer la biodiversité", soutient fermement Stéphane Vanwijnsberghe, ingénieur responsable de la sous-division Nature et Forêt au sein de Bruxelles Environnement (ex-IBGE).

Au sud-est de Bruxelles s'étend la forêt de Soignes sur quelque 5 000 hectares de forêt et de bois. Cette vaste hêtraie abrite une très riche biodiversité de flore et de faune. "La forêt de Soignes compte une quarantaine d'espèces de mammifères, 132 espèces d'oiseaux, de nombreux reptiles et amphibiens, des insectes,...", détaille Stéphane Vanwijnsberghe.

Véritable poumon vert, la forêt de Soignes se déploie sur les trois régions du pays : 55 pc en Flandre, 40 pc à Bruxelles et 5 pc en Wallonie.

Située en bordure de ville, la forêt de Soignes est traversée par de nombreuses voies de communication, qui rompent la cohésion du paysage forestier. "Ces axes routiers séparent la forêt en blocs forestiers", explique Stéphane Vanwijnsberghe. "Ils empêchent l'échange d'espèces animales et végétales, isolent et morcellent ces populations, ce qui accroît le risque de consanguinité et menace des espèces de disparition. En outre, de nombreux animaux se font écraser en essayant de traverser ces axes". L'IBGE a donc mené une étude de faisabilité très rigoureuse sur les diverses possibilités pour "reconnecter" la forêt de Soignes et réduire, voire éviter ce phénomène. En ligne de mire : la chaussée de la Hulpe et la ligne de chemin de fer 161 Bruxelles-Luxembourg. Ces deux voies, au tracé pratiquement parallèle et peu distant l'un de l'autre, relient le Ring 0 à l'entrée de Bruxelles. Ce sont ainsi près de 16 000 véhicules qui circulent chaque jour sur la chaussée de la Hulpe, soit en moyenne un véhicule toutes les six secondes, et 190 trains qui passent par jour ouvrable sur la ligne ferroviaire 161, soit un train toutes les 8 minutes.

Six groupes d'espèces

Afin d'évaluer l'opportunité et la faisabilité des mesures de défragmentation, l'IBGE a identifié six groupes d'espèces auxquelles ont été associées d'autres espèces ayant un usage similaire de l'habitat. Dans chaque groupe a été sélectionnée une espèce servant d'espèce-témoin pour l'étude : le chevreuil, le blaireau, l'écureuil, le hérisson, la salamandre terrestre, et les chauve-souris forestières. "Au niveau des mammifères, les accidents sont les plus réguliers avec le chevreuil, surtout au début du printemps", informe M. Vanwijnsberghe. "En 2003, cinq chevreuils ont été écrasés au même endroit sur la chaussée de la Hulpe et, un peu en aval, un cycliste a été tué par une voiture".

L'IBGE s'est ensuite penchée sur les conditions, financières et techniques, nécessaires pour que les diverses propositions de solutions puissent être réalisées concrètement. A la lumière de l'analyse des diverses solutions envisageables, l'étude conclut : "le meilleur résultat écologique est obtenu avec des connexions qui restaurent localement la structure paysagère".

Deux écoducs

"Paysagèrement et écologiquement, un écoviaduc au-dessus de la voie ferrée, au niveau de la vallée du Vuilbeek et de la Vallée des Enfants noyés, aurait été la solution idéale pour la reconnection", commente l'ingénieur de l'IBGE. "Mais ce n'est pas réaliste car un tel dispositif requiert des budgets colossaux". L'IBGE préconise dès lors la mise en place d'un large écoduc (plus de 60 m) au nord de la drève des Bonniers, au-dessus de la voie ferrée, sans usage partagé; et d'un large écoduc (plus de 60 m) un peu au nord de la drève des Bonniers, au-dessus de la chaussée de la Hulpe, en usage partagé avec les promeneurs, cyclistes et cavaliers. "L'installation de deux écoducs offre un chemin de reconnection satisfaisant : cela permettrait la reconnection de 33,6 pc de la forêt de Soignes, soit 1474 ha", souligne M. Vanwijnsberghe qui précise que cela représente "89 pc de la partie bruxelloise de la forêt !"

En complément des écoducs, des passages pour la petite faune devraient être aménagés le long des deux axes de circulation, à intervalles réguliers; ainsi que des dispositifs propres à certaines espèces en des endroits spécifiques (pont aérien, gouttières pour l'herpétofaune, écopertuis,...). Les promeneurs ne sont pas oubliés puisque l'IBGE propose de reconnecter les blocs forestiers du Chemin de la forêt de Soignes avec la construction d'un tunnel.

Pour l'heure, l'étude a été transmise au cabinet de la ministre bruxelloise de l'Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo), à Tuc Rail et Infrabel. En ce qui concerne l'écoduc de la chaussée de la Hulpe, "nous avons reçu un budget pour mener une étude technique destinée à chiffrer le coût financier de ce dispositif. Nous espérons débuter le chantier en 2010-2011", indique M. Vanwijnsberghe. Quant à l'écoduc de la ligne 161 (lire ci-dessous), "nous sommes toujours en attente de la décision sur le permis d'urbanisme. Mais autant profiter des travaux du RER pour le réaliser, sinon cela s'avérera plus onéreux, et plus dangereux pour la faune et la flore".