Bruxelles

Michael habite dans une petite rue paisible du quartier Sainte-Alix à Stockel (Woluwe-Saint-Pierre) depuis 35 ans. Mais ces dernières années, cette quiétude est perturbée par le bruit incessant des avions qui survolent les maisons de très près, et les riverains qui se trouvent en dessous du couloir d’approche sont à bout de nerfs.

"On se trouve dans le prolongement de la piste 01 qui est censée être accessoire pour les atterrissages, mais le vacarme est tout simplement insupportable et la situation s’est aggravée avec le temps ! Il arrive que des avions survolent notre maison à une fréquence de chaque minute. Lorsque l’on est dehors, dans le jardin, on ne peut même plus s’entendre quand discute entre nous. Si on est à l’intérieur, il faut fermer les fenêtres pour parvenir à avoir une conversation téléphonique sinon ce n’est pas possible", explique Michaël, papa de deux enfants.

Ce survol intempestif ne se limite pas à la journée. Il a également lieu la nuit. "Je pensais que le nombre d’avions qui atterrissent entre 23 h et 7 h du matin était limité en nombre, mais pourtant il est fréquent qu’on se fasse réveiller par des avions qui survolent notre maison entre minuit et 2 h du matin à une fréquence de toutes les 10 à 15 minutes", poursuit Michaël. "De plus, avec les fortes chaleurs que l’on connaît aujourd’hui, on dort avec la fenêtre ouverte, mais ce n’est plus possible avec ce vacarme incessant."

© BAUWERAERTS DIDIER

Dans pareil cas de figure, cet habitant excédé envoie alors une plainte au médiateur en pleine nuit, mais malgré cela rien ne change. "Ce qui est frustrant, c’est de constater que des décisions de justice ont contesté l’utilisation de cette piste mais elles n’ont pas été mises en œuvre. Lors du plan Wathelet, il y a eu des plaintes et ça a marché, mais maintenant le bruit incessant est revenu et les décisions de justice ne sont pas appliquées, alors que les zones survolées sont densément peuplées", poursuit Michaël.

Si la situation reste en l’état, Michaël envisage de déménager avec sa famille. "Les voisins de mes parents qui habitent aussi le quartier ont revendu leur maison et ont été s’installer ailleurs à Bruxelles car ils n’en pouvaient plus de cette situation. J’espère ne pas en arriver à ce stade et que les choses vont évoluer car cette situation devient invivable", conclut-il.

L’immobilisme du fédéral pointé du doigt

Une étude d’incidences devait être réalisée pour soulager les Bruxellois mais un an après, rien n’a été fait Il y a près d’un an, la justice condamnait le fédéral à faire cesser les violations dans le ciel bruxellois et en particulier sur la route du canal, survolée par des vols intempestifs dans cette zone densément peuplée. Le fédéral devait aussi réaliser, dans un délai de 12 mois, une étude d’incidences afin de proposer des solutions pour soulager les Bruxellois.

“Ce jugement ne souffre d’aucune ambiguïté et je n’ai pas entendu Monsieur Bellot (MR, ministre fédéral de la Mobilité, NdlR) le contester. Pourtant, rien n’a bougé dans le dossier du survol pour les Bruxellois qui restent soumis à des degrés de bruit inacceptables”, explique Céline Fremault (CDH), ministre bruxelloise de l’Environnement, en réponse à une question du député-bourgmestre Benoît Cerexhe (CDH).

“Concernant l’étude d’incidences, j’ai appris que le ministre vient à peine de désigner le bureau chargé de cette mission. Le retard accumulé est criant. Monsieur Bellot nous dit qu’il lui faudra encore 32 semaines alors que le délai que lui a imposé la justice expire dans un mois !”

De plus, selon la ministre Fremault, le contenu de cette étude d’incidences pose aussi question. “Monsieur Bellot a mis en avant toute une série de considérations pour ne pas faire table rase du passé. Ainsi, il m’indique qu’il ne partira pas du postulat que les nuisances peuvent être déplacées et que l’exploitation de l’aéroport pourrait être modifiée. Cette étude est en train d’être vidée de sa substance ! Une étude d’incidences doit examiner tous les scénarios, en ce compris les alternatives. Elle doit redistribuer les cartes. Monsieur Bellot ne peut pas nous dire que la partie se joue à la régulière alors qu’il oriente le jeu en choisissant ses cartes”, poursuit Céline Fremault qui a par ailleurs relancé le ministre libéral pour lui demander de mettre en place des mesures concrètes pour soulager les Bruxellois.

“Le ministre Bellot fait donc preuve d’un immobilisme à toute épreuve et c’est la raison pour laquelle j’ai déposé une citation en référé le 22 juin devant le tribunal de première instance francophone en demandant des astreintes de 300.000€ par mois de retard sur les délais annoncés par Monsieur Bellot lui-même, soit à partir du 1er mars 2019, ainsi que des astreintes de 10.000€ par mesure non étudiée dans l’étude d’incidences”, conclut la ministre.