Bruxelles

Qui a dit que la vie de retraité était synonyme de passivité ? Les personnes âgées sont de plus en plus disposées à faire quelque chose de concret de leur pension. Rester actif dans la vie sociale et culturelle est devenu une priorité pour les seniors du vingt-et-unième siècle. C’est pourquoi la Fondation Roi Baudouin a sélectionné quatorze projets plus ou moins originaux portés par le volontariat de seniors engagés, qui seront soutenus et financés par la Cocof. Le montant total des aides s’élève à 50000 euros.

Parmi ces projets, figure celui de la Fédération Indépendante des Seniors (FIS) : "Tour d’Histoire". Un projet au nom évocateur, puisqu’il rappelle ces grandes tours de logements sociaux, à Yser, qui abritent quantité de personnes âgées, isolées et en situation précaire. L’idée est d’envoyer les seniors bénévoles membres de la FIS à la rencontre d’autres seniors isolés. Si la démarche consiste à faire une interview et un photoreportage, il s’agit là plus d’un prétexte que d’un objectif.

Florence Planchet, responsable de la FIS, nous éclaire sur ce concept original : "En nous parlant de leur objet préféré, de leur histoire ou de leurs photos de famille, ces vieilles personnes auront l’occasion de partager des souvenirs auxquels leur voisinage ne s’intéresse plus. Et si cela permet de créer une chaîne de solidarité, et de garder un contact avec ces gens, ne fût-ce que par téléphone, c’est déjà une victoire !"

Il faut dire que le néant social peut être désastreux pour le bien-être des anciens. Une fois que toute interaction humaine disparaît, c’est le sentiment d’abandon qui prend le relais sur la volonté de vivre. Devant ce constat, l’association "Bravvo - Quartier Nord" a lancé un véritable cri du cœur : "Chaque année, nous retrouvons des personnes décédées depuis plusieurs jours, voire semaines, dans leur appartement", illustre Florence Planchet.

À l’origine, le projet "Tour d’Histoire" est issu de l’esprit résolument empathique d’Emilie Danchin. Cette psychanalyste et photographe de formation pratique aujourd’hui la "photothérapie". "L’opération sera bénéfique à double sens. Tout d’abord pour les seniors de la FIS : les initier à la photo peut réveiller en eux une capacité à se passionner, très importante pour rester en vie. De plus, ils vont indéniablement se sentir investis par une démarche très humaine et il est impossible qu’il n’y ait pas création de lien social. Mais ce sera aussi extrêmement profitable pour les personnes âgées, coincées dans leur énorme tour grisâtre. Ce sera l’occasion pour eux de faire un récit de vie, de balayer leur mémoire Le plus important n’est pas de déblayer une grande masse de souvenirs, mais bien d’obtenir un espace qui permette de partager certains d’entre eux et ainsi d’attribuer une signification à divers aspects de leur existence".

Emilie Danchin accompagnera les participants sur le terrain. En analysant les clichés et la démarche du photographe , elle pourra "relever les contradictions, les états d’esprits et confronter les personnes à cette image d’eux-mêmes."

Au-delà du photoreportage, la FIS a trouvé dans "Bruxelles nous appartient" un partenaire de choix. Cette organisation, dédiée à la mémoire sonore de la capitale, recueille depuis 1999 des récits et témoignages audio relatifs à Bruxelles. Dans ce cadre, Maxime Cotton, chargé de projet et responsable technique de "BNA", enregistrera ces témoignages d’une autre époque.

L’idée est de présenter, en fin de démarche, le photoreportage au public, par le biais d’une exposition, tout en guidant les spectateurs au son de voix de ces acteurs oubliés. Mais aussi d’aboutir à une publication. "Le projet reste pour le moment voué à une seule représentation, mais on ne vous cache pas le désir d’en faire une démarche récurrente selon le succès de l’opération", s’enthousiasme Florence Planchet. Elle soulève cependant le seul point noir, qui est de taille, de l’initiative : "Les fonds qui nous ont été alloués ne s’élèvent qu’à 2000 euros. Avec une si petite somme, il nous est pour le moment impossible de mettre sur rails la phase concrète du projet. Nous sommes donc en quête de subventions complémentaires, en espérant que le "Tour d’histoire" puisse être mis en route dès le mois d’octobre". J.Pi (st.)

Sites internet : FIS, www.fedindseniors.be; Emilie Danchin, www.analytiquephotographique.be