Bruxelles

Tempête dans un bénitier ou déplorable agression marquée du sceau de la christianophobie ? Catherine Roba-Rabier, conseillère communale CDH à Uccle, est très loin d’être une intégriste. Tout au contraire même puisqu’elle condamne les dérives récentes de certains ultras catholiques contre certaines manifestations culturelles. Mais elle a néanmoins décidé d’interpeller le collège communal jeudi prochain lors de la prochaine réunion du conseil à propos d’un dérapage qu’elle n’hésite pas à classer au registre de la christianophobie.

Les faits ? "Le soir du 28 octobre dernier, un cortège d’Halloween aux personnages joliment déguisés, dont certains perchés sur des échasses, défilait du côté de la rue Xavier de Bue et du Parvis St-Pierre au centre de notre commune. Rien à redire sur les participants en général sinon que le défilé était mené par un animateur qui avait visiblement des comptes à régler avec les catholiques. Selon des témoins présents sur place, il clamait en effet haut et fort sa haine de la religion chrétienne et de Dieu, mais il a aussi fait le tour de l’église d’Uccle-centre en injuriant les catholiques, et les croyants en général, et en montrant le poing en direction du bâtiment à plusieurs reprises."

Ses propos ont choqué l’élue uccloise. "Il a ainsi dit successivement : ‘Vene z à nous, la cohorte des gens sans Dieu, qui grandit sans cesse et se libère heureusement de l’oppression chrétienne.’ Ou encore : ‘Maudissons ce bâtiment (en désignant l’église) et ses courbes obscènes.’ Ou enfin : ‘Qu’il vienne, leur petit Dieu ridicule sur sa petite croix.’"

Pour Mme Roba, les faits furent encore aggravés par le fait que le cortège était suivi par des enfants et des familles. "Certains passants en ont été véritablement choqués ! Les propos étaient tellement déplacés, inutiles, blessants et blasphématoires qu’une dame est venue interrompre l’homme déguisé en faune en lui disant qu’il exagérait vraiment. Il lui a répondu ‘Mais enfin, c’est païen, c’est tout’, comme s’il revendiquait un droit d’expression de ses convictions au détriment de celles des autres ! La description des faits m’a permis de croire qu’il s’agissait du cortège d’Halloween organisé à l’initiative et sous la responsabilité de l’échevin Boris Dilliès D’où mon interpellation. J’ose espérer qu’il ne s’agit pas là d’une laïcité agressive voire laïciste, mais plutôt d’une ignorance crasse du fait religieux."

Pour Catherine Roba, l’exécutif ucclois doit condamner cette dérive comme elle doit rejeter tout acte d’hostilité, voir la haine envers une communauté quelle qu’elle soit. "Je me réfèrerai à la loi Moureaux du 30 juillet 1981 qui tend à réprimer les actes inspirés par le racisme et la xénophobie mais aussi toute discrimination à l’égard d’une personne ou d’un groupe en raison notamment de ses convictions religieuses ou philosophiques."

Nous avons bien entendu interpellé l’échevin Boris Dilliès (MR) qui ne nie pas les faits dont il a aussi pu prendre connaissance mais il tient à y apporter quelques précisions : "Je suis de fait l’organisateur d’une marche d’Halloween comme échevin de la Jeunesse, mais celle-là a eu lieu deux jours plus tôt près du parc du Wolvendael. Ici, l’initiative émanait des commerçants qui avaient notamment fait appel à des comédiens. Je suis certes aussi échevin du Commerce mais n’avais forcément aucune responsabilité dans la mise sur pied de cette manifestation. Il se fait cependant que j’ai brièvement été voir le cortège."

Boris Dilliès n’était cependant plus présent au moment où les propos précités ont été lancés mais il n’en regrette pas moins l’incident : "Ce n’était vraiment pas très malin de dire tout cela ; j’ose penser que c’étaient des propos de potache qui a voulu se faire remarquer. J’émets aussi l’espoir que le CDH ne veut pas lancer une querelle philosophico-religieuse." Et de nous confier que ce serait tout aussi malvenu de tenter d’opposer la majorité et l’opposition sur ce point : "Personnellement, je suis catholique mais je milite dans les rangs libéraux depuis de nombreuses années parce que j’estime qu’il faut faire la part des choses entre ses convictions personnelles et son engagement politique..."