Un centre culturel moribond bien cher payé

Mathieu Colleyn Publié le - Mis à jour le

Bruxelles

C’est sans doute LE dossier noir pour la majorité communale de Forest (PS-Ecolo), dans la campagne électorale qui commence. Le centre culturel du cru, ou ce qu’il en reste, affiche un bilan catastrophique et présente ce que d’aucuns appellent une véritable gabegie. Dès 2010, les administrateurs de l’opposition (MR-CDH) de l’ASBL communale responsable du centre ont d’ailleurs cru bon de déposer plainte, histoire de se couvrir au cas où le dossier partirait en sucette. Une information judiciaire est toujours ouverte. Pour cause, celui-ci est lourd. Cher. Et fait à nouveau l’objet de débats houleux au conseil communal depuis qu’un dissident socialiste pose des questions qui fâchent et mettent clairement en cause la responsabilité de l’échevin Ecolo de la Culture, José Angeli.

Comme toute histoire a un commencement, revenons au début des années 2000 où l’idée de rénover un bâtiment architecturalement remarquable des anciennes brasseries Wielemans, à Forest, se concrétise doucement. Plus de 5 millions d’euros sont investis pour faire revivre ce patrimoine industriel. L’Europe intervient pour plusieurs centaines de milliers d’euros dans cette rénovation, finalement réussie. A charge pour la commune, à partir de l’inauguration du bâtiment en 2008, d’y aménager, entre autres, un centre multimédia accessible au public. Nous sommes en 2012, et l’on ne compte guère aujourd’hui qu’une demi-douzaine d’écrans dans le centre. Ceux-ci ne sont ni branchés ni accessibles en permanence et ne font pas l’objet d’une communication très appuyée dans la commune. Problème : si l’endroit n’est pas valablement valorisé, l’Europe pourrait réclamer le remboursement des subsides. Un montant de 800 000 euros, voire de 1,4 million est évoqué par l’ex-PS Patrick Denis, conseiller communal. La Région bruxelloise, chargée de contrôler le bon usage des subsides européens, a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme en juin 2010 en constatant que les obligations de la commune en matière d’animation socio-culturelle n’avaient pas été remplies. Un contrôle du même ordre est intervenu début avril, sans que la situation ait significativement changé, malgré les efforts fournis in extremis pour rendre les locaux présentables aux yeux des inspecteurs. Ce dernier rapport serait plus favorable, paraît-il. Notons que l’administration chargée du contrôle est sous la tutelle de la ministre Ecolo Evelyne Huytebroeck, future tête de liste de l’échevin forestois mis sur le gril pour les communales d’octobre.

Mais dans la majorité à Forest, cette situation ubuesque est volontiers mise sur le compte de la gestion désastreuse du premier directeur du centre culturel, qui fut, avant cela, chef de cabinet de l’échevin précité. Remercié fin 2010, ce dernier a notamment laissé des dépenses injustifiées pour 150 000 euros. Ce montant, ainsi qu’une multitude d’autres manquements, est confiné dans un rapport d’audit du réviseur de l’ASBL relatif aux comptes 2010 du centre. Une litanie invraisemblable de lacunes, rendant toute expertise exhaustive, notamment sur les fournitures, les ventes, les locations de locaux ou encore le respect des marchés publics, tout simplement impossible. L’absence de pièces est d’ailleurs un des griefs retenus dans le cadre de la procédure en cours au tribunal du travail entre la commune de Forest et l’ex-directeur.

Ce joyeux désordre fait l’objet d’un nettoyage, d’une remise à niveau depuis plusieurs mois, assure José Angeli qui se dit "droit dans ses bottes" face aux attaques "d’un homme aux abois" (Patrick Denis). Son propre parti l’a toutefois sanctionné en le déplaçant loin sur la liste électorale d’Ecolo. Il y a peu de chances qu’il soit encore échevin. Comme lui, Marie Arena (PS), vice-présidente du centre, constate l’échec du passé et préfère se tourner vers l’avenir en signalant que le centre a été loin d’être inactif ces dernières années (concerts, expos, etc.). Un nouveau directeur a été engagé, viendra avec une programmation digne de ce nom dès la rentrée prochaine, dans le cadre d’une ASBL dont la prudente gestion est aujourd’hui assurée. En attendant, le centre culturel aura pompé quelque 270 000 euros de subsides communaux annuels depuis 2008. Sans qu’une véritable politique culturelle ait pu voir le jour à Forest.

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