Bruxelles

C’est un gala international mais en même temps très bruxellois qui se déroulera ce jeudi 20 septembre à 20h15 au Centre culturel d’Uccle. On y projettera en effet "Le Consul de Bordeaux", un long-métrage de Joao Correa qui rend hommage à l’ancien consul du Portugal à Anvers et à Bordeaux, Aristides de Sousa Mendes.

Ce dernier avait, au début de la Seconde Guerre mondiale sans tenir compte des ordres de son gouvernement et de son président le très autoritaire Antonio Salazar, aidé des milliers de Juifs et d’anti-Nazis à échapper aux troupes d’Hitler en leur octroyant des visas pour quitter la France. Dont un nombre de ministres et d’hommes politiques belges qui avaient fui le pays après la capitulation. Arrivé en fin de carrière, ce brillant diplomate avait fait acte d’insubordination et surtout d’humanité à l’égard de ceux qui voulaient échapper aux Allemands et aux forces de l’Axe. Ce faisant, il s’opposa on ne peut plus clairement à l’hypocrisie du pouvoir portugais officiellement neutre mais qui n’en mit pas moins tout en œuvre dès la fin de 1939 pour que le pays reste "interdit aux gens indésirables". A savoir les réfugiés apatrides, les Juifs chassés d’Europe centrale et du Reich et finalement toutes les personnes suspectées d’activités politiques contre le nazisme. Aristides de Sousa Mendes, mû par ses convictions chrétiennes et son éducation humaniste, estima qu’il ne pouvait être question de refuser des visas. Face à l’afflux de réfugiés et alors que la débâcle alliée se précisait en France, le consul du Portugal ignora les ordres de Lisbonne, allant jusqu’à nier une circulaire qui soumettait l’octroi de visas à l’accord du ministère et de la police de vigilance et de défense de l’Etat. Fait incroyable : jusque juin 1940, il allait permettre à quelque 34000 personnes de quitter la France depuis Bordeaux, Bayonne ou Hendaye vers des terres libres. C’est la rencontre avec un rabbin polonais réfugié à Bruxelles, Haïm Kruger, qui amena Sousa Mendes à sauver le plus possible de citoyens d’origine juive, ce qui en fit un authentique Juste mais aussi définitivement un paria dans son propre pays où il mourut dans le dénuement.

Le cinéaste bruxellois Joao Correa en a fait un long-métrage émouvant qui a déjà été projeté en marge du festival de Cannes. Mais l’on est loin ici des blockbusters "à la Spielberg". Aussi l’auteur, voici déjà près de 35 ans, d’un film exceptionnel sur les jeunes placés dans les institutions "Les enfants de l’oubli" remue-t-il ciel et terre pour sensibiliser le plus grand nombre de spectateurs.

Il y réussit plutôt bien puisque le film a été très bien accueilli à Varsovie et va bientôt se retrouver à l’affiche dans les salles portugaises. Il y a certes déjà eu une "première" à Bruxelles mais elle était sous les auspices du président Barroso. Ce second gala bruxellois permettra aussi de rendre hommage au travail de son co-producteur et compositeur Henri Seroka qui en a écrit la (très prenante) musique interprétée par l’Orchestre symphonique des Jeunes de Bruxelles. C’est, enfin, une manière indirecte de se souvenir de dizaines de familles de la capitale qui ont bénéficié de l’altruisme de celui que l’on a appelé le Wallenberg lusitanien.

Rens. : www.ccu.be ou 02.374.64.84.