Bruxelles

"Si tu abîmes quelque chose dans ton immeuble, il faut alors se fier à ce qui avait été écrit dans l’état des lieux", explique Bassam, 43 ans. "Moi, je pense que c’est plutôt du ressort du propriétaire", répond Mahmoud, 22 ans, qui n’a en fait jamais entendu parler des mots état des lieux.

Ce jeudi après-midi, les deux Syriens sont à table avec Amina, Noura et Tarba, trois autres primo-arrivants, et Anaëlle et Gulay, deux accompagnatrices sociales. Ensemble, la petite équipe passe en revue les règles les plus élémentaires à connaître pour s’intégrer en Belgique.

Cette discussion qu’ont tenue ce jeudi deux Syriens sur l’opportunité ou non de consulter un état des lieux n’aurait pas encore pu se tenir en février. Car c’est seulement fin mars que l’association Via, le premier bureau d’accueil francophone de la capitale pour primo-arrivants, a inauguré ses deux implantations, à Molenbeek et Schaerbeek. Le 29 juin prochain, Bapa Bxl, le deuxième bureau d’accueil, créé par la Ville de Bruxelles, sera à son tour inauguré.

Ensemble, les deux associations francophones auront une capacité d’accueil de 4 000 personnes par an, à raison de 2 000 par ASBL. En tenant compte des bureaux bruxellois de la Région flamande (Bon), d’une capacité annuelle de 3 000 primo-arrivants, près de 7 000 personnes pourront bénéficier à terme chaque année du parcours d’intégration. Une offre néanmoins insuffisante puisque près de 13 000 primo-arrivants s’enregistrent chaque année dans la capitale.

"C’est un ami à moi, un Irakien, qui m’a parlé de Via. Avec mes cours actuels, j’apprends les règles et les lois de Belgique", sourit Bassam, originaire de Damas. "En Syrie, je fabriquais des sacs pour femmes, j’espère pouvoir à terme reprendre mon activité en Belgique", ajoute-t-il. "Moi aussi, c’est par des amis que j’en ai entendu parler. On apprend comment on doit faire pour bien s’adapter", sourit, de son côté, Mahmoud, qui a fui Alep. "Ce n’est pas très dur pour l’instant et il y a des éléments intéressants", commente Amina.

Autant de feedbacks sur leurs débuts au parcours d’intégration que Bassam, Mahmoud et Amina ont donnés en arabe. C’est que le processus n’en est qu’à ses balbutiements, et ces trois Syriens entameront, d’ici quelques semaines, le deuxième volet prévu : les cours de français. Jusqu’à 250 heures de cours pourront ainsi être dispensées.

En un mois et demi , l’équipe de Via a traité près de 100 dossiers. Jusqu’ici, les bénéficiaires de l’ASBL sont principalement originaires de Guinée, du Maroc et de Syrie et sont relativement jeunes, avec une moyenne d’âge de 31 ans. À noter : l’équipe de Via est capable de parler au moins 11 langues différentes, dont le lingala, le peul, l’arabe et le serbo-croate. Après avoir été initiés sur place à la citoyenneté, les primo-arrivants seront dispatchés dans différents organismes agréés pour y recevoir leurs cours de français. "Le processus devrait être pleinement opérationnel à la rentrée", estime Vincent Vanhalewyn (Ecolo), échevin schaerbeekois et président de Via.

Des amendes salées en cas d’infraction

D’ici 2017, le parcours d’intégration, aujourd’hui facultatif, deviendra obligatoire en Région bruxelloise. Le collège de la Cocom a approuvé, mi-avril, en première lecture un avant-projet d’ordonnance. “On propose qu’à chaque infraction constatée, une amende administrative de 100 € puisse être infligée. Le primo-arrivant a deux mois pour produire une attestation disant qu’il suit bien le parcours. S’il ne fait rien, il se reprend une amende de 100 € et ainsi de suite”, explique-t-on du côté du cabinet de Céline Fremault (CDH), la ministre bruxelloise en charge de l’Action sociale. Dans l’hypothèse où le primo-arrivant refuse de suivre le parcours durant 48 mois de suite, un plafond global de 2.500 € a néanmoins été fixé.