Bruxelles

Depuis quelques semaines, les habitants de la rue Gallait à Schaerbeek ont droit à des réveils plutôt mélodieux. La musique de Bach, Mozart ou Beethoven rivalisent, en effet, avec le bal incessant des trams 54 et 55 passant au milieu de la rue. Car, c’est ici, au numéro 80 de l’artère schaerbeekoise que la Commission communautaire flamande (VGC) a décidé d’installer sa maison des artistes. Un vaste projet qui permettra à un artiste local d’investir les lieux durant sixmois afin d’y laisser non seulement libre cours à sa créativité, mais aussi de transmettre son art au public. "Ce concept unique s’adresse principalement aux jeunes talents" , explique Pascal Smet (SP.A), en charge de la Culture à la VGC.

Outre un appartement, la maison de la rue Gallait possède ainsi 4 ateliers et 2 espaces d’exposition. La rénovation de l’imposante bâtisse aura coûté près de 900 000euros (dont 250 000 financés par l’Europe). Premier locataire de cette maison, l’Allemand David Helbich (qui habite Bruxelles depuis 2002) a invité trois autres artistes. Parmi ceux-ci, on retrouve Boris Baltschun, improvisateur, compositeur et artiste "sonore"; Crap (eye) qui a décoré une pièce du bâtiment; et enfin, Jérôme Porsperger, DJ de musique classique.

Ce dernier est bien connu des Bruxellois pour avoir animé à diverses occasions (journée sans voiture...) les rues de la capitale à coups de grands standards classiques. Des expériences inoubliables pour le jeune homme. " L’impact de la musique est encore plus fort quand les gens ne s’y attendent pas" , explique-t-il. Jérôme Porsperger, qui veut rendre la musique classique accessible à tous, a déposé ses disques rue Gallait, ainsi que les tableaux de son exposition "Do you know pa papa papaapapapa... ?" Visuels et mélodies se mêlent harmonieusement à travers cette série d’onomatopées musicale. "C’est avant tout un travail didactique. La musique classique est trop souvent cantonnée à des endroits softs, bourgeois ou de représentation. Or, c’est une musique qui doit s’écouter partout, et notamment dans des endroits publics."

A la base du projet, la petite ASBL Nadine a donné un nom très temporaire à cette maison de création : TBC. "Le nom de la maison n’est pas très important" , explique Trudo Engels de l’ASBL. C’est d’ailleurs l’artiste résident qui rebaptisera à chaque fois la bâtisse. Sous l’ère de David Helbich, on parlera donc, très modestement, de l’Hôtelbich. "David Helbich a une façon de travailler qui nous plaît , reprend Trudo Engels. Il crée des connexions avec d’autres centres artistiques. C’est quelqu’un qui ouvre des portes. Nous avons aussi cette vision de la culture : celle-ci doit créer des ponts entre les Bruxellois."

Créer l’identité de Bruxelles

Autre cheval de bataille de l’ASBL : l’éducatif. " Les artistes sont invités à organiser des ateliers pour enfants en collaboration avec le centre communautaire "de Kriekelaar"" , explique Trudo Engels. A l’origine, l’objectif était d’ailleurs de faire de ce bâtiment une maison de jeunes. Mais Pascal Smet a estimé que les lieux se prêtaient mieux à l’organisation de projets culturels. "C’est un formidable laboratoire pour bâtir l’identité de Bruxelles via l’art, explique le ministre . Les jeunes ne sont pas oubliés : le sous-sol de la maison accueille des activités du KAJ, un mouvement de jeunesse néerlandophone ."

Via l’organisation de parcours artistiques ou ses initiations aux nouveaux médias, David Helbich a saisi cet aspect didactique. " Je veux ouvrir l’Hôtelbich à tout artiste qui a une vision de reconstruction de l’art" , explique sommairement l’Allemand. La maison est aussi accessible aux curieux. "Il suffit de sonner" , explique Trudo Engels.

Dès janvier, c’est l’Anversoise Marthe Van Dessel qui recevra les clés du 80,rue Gallait. Avec une idée en tête : réunir artistiquement les communautés francophone et flamande de la capitale. Tout un programme...