Bruxelles

Contrairement à la communication officielle de la commune début novembre, la commission de toponymie et de dialectologie avait rendu un avis défavorable.

Y aura-t-il une - petite - place Jean Demannez à Saint-Josse ? Validée par le collège tennoodois début novembre, la proposition doit être discutée ce lundi en conseil communal. Contrairement a que la commune avait laissé sous-entendre début novembre, la commission de toponymie et de dialectologie avait été pourtant rendu un avis défavorable à la demande d'Emir Kir. Avis rendu... en août dernier. "Jean Demannez est, si mes renseignements sont exacts, encore en vie. Or, la commission déconseille de baptiser des espaces publics de noms de personnes qui ne sont pas décédées depuis au moins dix ans", argue la commission dans un courrier adressé au cabinet du bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir. Qui passe outre, ici.

L'avis de la commission n'est pas contraignant. Il se base pourtant sur une circulaire - contraignante elle - interdisant que l'on donne un nom de place ou de rue à une personnalité encore vivante à l'exception du Roi et des chefs d'Etat. Cette circulaire datant de 1972 stipule clairement que "les dénominations existantes de rues ne peuvent être modifiées sans raison sérieuse et seulement de l’avis conforme de la Commission [royale de Toponymie et Dialectologie]. Et que, pour la dénomination de nouvelles voies de communication, il sied de puiser en premier lieu dans les données de l’histoire, de la toponymie et du folklore de la localité [tandis que], les noms de personnes vivantes ne peuvent jamais être pris en considération. Les noms de personnes décédées ne peuvent être retenus que dans des cas tout à fait exceptionnels."

Contacté, Jean Demannez n'est quand à lui pas demandeur. "Je me demande simplement pourquoi, tout à coup, le collège et son aimable bourgmestre songe à ma modeste personne d'autant que son arrivée à la tête de la commune ne s'est pas déroulée dans les meilleures conditions en ce qui me concerne. D'autant, également, qu'il supprimé les subventions du Saint-Jazz Festival et divisé par deux l'aide à la Jazz Station", commente celui qui a passé 36 années sur les bancs du conseil communal. "Je ne suis pas demandeur. Je n'ai jamais été demandeur."

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"Emir Kir ne m'a jamais téléphoné pour me demander mon avis. Je sais qu'il n'avait pas à le faire mais tout de même. J'ai la désagréable impression de servir de prétexte, de précédent à ce qui pourrait survenir d'ici un an ou deux et cela me dérange." Quoi donc ? "Un buste à l'effigie d'Emir Kir à l'entrée de la petite Anatolie, à l'angle de la chaussée de Haecht et de la rue du Méridien..."

Dans l'opposition, Ahmed Mouhssin estime que le collège tennoodois "a fait preuve de grossièreté et d'amateurisme notamment car Emir Kir et les échevins n'ont pas eu la politesse de consulter Jean Demanez, qui, il est vrai, pourra donner son avis comme tout citoyen lors de l'enquête publique prévue dans le cadre de la procédure." Ecolo souhaite ainsi donner le nom de cette placette à une femme ayant marqué l'histoire de la commune. "Considérant que les noms de rues dans notre région sont majoritairement celles d'hommes, et que seulement 4% des rues portent des noms de femmes, nous proposons que le Collège baptise ce croisement du nom d'une femme qui a marqué l'histoire de Saint-Josse."

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Pour mémoire, Jean Demannez est le prédécesseur de l'actuel bourgmestre Emir Kir. Echevin de 1978 à 1999, et député régional de 1989 à 2001, il avait assuré la relève au décès de Guy Cudell jusqu'en 2012. Sa passion l'a mené à développer notamment les politiques culturelles et sportives. On lui doit ainsi la création d'un lieu culturel dédié au Jazz dans le cadre de la réhabilitation de l'ancienne gare de la chaussée de Louvain. La Jazz Station a vu se succéder de grands représentants du jazz de la scène belge et internationale dont Toots Thielemans, Sadi, Philip Catherine, Steve Houben, etc.