Bruxelles

Pour souffler ses 20 bougies, la Région bruxelloise n’a pas attendu l’été, même si elle ne fut pas opérationnelle avant juin 1989. C’est dès ce 12 janvier qu’elle entame la célébration, à la date de la loi spéciale qui l’érigea quelque part dans le labyrinthe belgo-belge. Comme pour rattraper du temps perdu, et même volé

C’est que ce chiffre rond marque une émancipation autant que ses aléas. À se souvenir que les homologues wallonne et flamande filent, elles, sur leurs 30 ans d’existence, la commémoration multiple à venir (expos, colloques, fêtes, etc.) va illustrer combien la gestation de la Région bruxelloise fut plus longue, sa portée spécifique, et les difficultés ayant présidé à son accouchement toujours pendantes.

Rappelons-nous. En 1970, première réforme de l’Etat. Faute de pouvoir trancher entre deux fédéralismes (de type personnel ou de nature territoriale), on les superpose : communautaire et régional. Mais à intensité variable. Alors que les 3 Communautés (priorité culturelle d’abord flamande) sont d’application immédiate, les 3 Régions (priorité socio-économique d’abord wallonne) n’existent que dans la Constitution - en son célèbre articulet 107 quater (devenu 3 et 39). Passons sur la régionalisation provisoire de 1974 et sur les vains soubresauts du pacte d’Egmont de 1977. Il faut attendre une deuxième réforme, en 1980, pour concrétiser les Régions. Et encore, pas toutes. Bruxelles attendra 9 ans de plus pour disposer d’un statut équivalent.

Car Bruxelles est "un problème". Butant sur sa délimitation territoriale confinée dans les carcans de la frontière linguistique; heurtant la conception nordiste d’un Etat dual où une autonomie propre de sa capitale ne trouverait pas place. Mais sur fond de carrousel fouronnais et d’humeurs changeantes, la grande crise de 88-89 ne peut éviter une troisième réforme de l’Etat ni, grâce aux Wallons, snober encore le prescrit sur Bruxelles. Dont la dénomination même, cet hybride de "Région de Bruxelles-Capitale", fera mémoire des compromis et réserves.

Moins et plus

Des réserves gravées aussi dans l’institution, en retrait sur plusieurs points des autres Régions (pas d’autonomie constitutive, quelque contrôle juridictionnel des ordonnances, des formes de tutelle fédérale, une élection directe des députés tempérée voire détournée par une surreprésentation garantie des néerlandophones). En revanche, d’autres particularités grossissent par comparaison l’institution, quand elle reprend des attributions des défuntes province et agglomération; et lorsque ses autorités exercent des matières communautaires ponctuelles via les "petites Communautés" que sont la Cocof, sa consœur flamande et une instance commune - dans un embrouillamini échappant à l’entendement de tout citoyen normalement constitué.

Depuis, les réticences nordistes - pas sudistes - sur une Région bruxelloise "à part entière" persisteront dans les positionnements. Tels ceux du Parlement flamand dans ses résolutions de 1999, distinguant 2 "États fédérés" (Flandre, entité francophone) et 2 "territoires fédérés" (bruxellois, germanophone).

Allez, bon anniversaire ! Quoique L’an 9 va voir télescoper élections, nouveaux questionnements institutionnels et crise qui risque de creuser encore le décalage entre la macro-richesse de la Région et l’appauvrissement moyen de sa population.