Bruxelles

Le sauvetage des traces mémorielles des "caves de la Gestapo" à l’avenue Louise semble en bonne voie après la décision du gouvernement bruxellois de les faire classer comme on a pu le lire dans "La Libre" de vendredi. Une issue positive qui couronnerait le travail de Mémoire d’Auschwitz et de Daniel Weyssow, mais aussi du Groupe Mémoire qui rassemble les anciens prisonniers politiques et raciaux.

C’est que ces sinistres lieux furent réquisitionnés pour y faire transiter les membres de la Résistance qui refusaient les ukases nazis. Certains commentaires ont pu donner l’impression que la Gestapo n’y rassembla que des déportés juifs. C’est évidemment oublier la dimension de l’opposition politique à Hitler et ses séides.

A titre d’illustration, le Dr André Wynen, qui connut les camps de Breendonk et de Buchenwald, était aussi passé par l’avenue Louise et en a laissé un témoignage poignant. Sorti en juillet 42 de rhétorique, Wynen s’était inscrit en médecine à l’ULB. Mais l’Alma Mater ferma ses portes, refusant toute collaboration avec l’occupant. N’acceptant pas le travail obligatoire, André Wynen avait rejoint les Partisans armés. Le 1er avril 1944, il fut arrêté avec son commando lors d’un transfert d’armes, près du Tir national. Il se retrouva donc dans les locaux de la Gestapo. De peur de ne pas résister à la torture, un compagnon se jeta par la fenêtre du 11e étage.

"Je ne rentrerai pas dans le détail de ce qui s’est passé là, pendant huit jours et huit nuits, entre le 1er étage et les caves, aux prises avec les méthodes classiques et appuyées par lesquelles on essaye de faire parler les gens", écrivit André Wynen . "J’avais pour moi un cachot, sous le rez-de chaussée. Ce cachot était étroit et profond, d’environ 1 m 50 sur 4 m et 2 m 50 de hauteur. Ce devait être une ancienne cave à vin, parce qu’il restait des vestiges de caveau dans le fond. La lumière provenait d’une ampoule jaune et blafarde située dans une applique au-dessus de la lourde porte en acier dans laquelle, à hauteur du visage, il y avait un judas protégé par un grillage à trous. Je suis resté menotté dans le dos, sans être nourri et pratiquement sans boire. Je devais faire appel à la garde pour satisfaire mes besoins. J’aurais voulu crier ma rage. Je ne sais la grâce qui m’a soutenu, mais j’ai pu résister." André Wynen n’en a pas dit davantage. Pourquoi ? A-t-il pu voir les inscriptions sur les murs du cachot ? A-t-il eu la force de les lire ? Y en avait-il dans ce cachot ? A-t-il été jeté dans différents cachots ? Là s’arrêta son témoignage. Il se tut pendant 60 ans, ne trouvant pas les mots pour dire les moments d’humiliation et de déshonneur de ses 20 ans.