Flandre

C’est l’un de ces instants de vérité dont les partis politiques - et en particulier leurs présidents - se passent volontiers : plusieurs journaux flamands publient ce vendredi un échange de mails entre Milan Rutten et Barteld Schutyser, échange qui éclabousse quelque peu la présidente des socialistes flamands, Caroline Gennez.

Les e-mails en question datent des 9 et 10 juillet derniers. Le 9 juillet, précisément, Kris Peeters, Marianne Thyssen, Caroline Gennez et Bart De Wever avaient tenu une conférence de presse pour annoncer qu’ils avaient abouti à un accord de gouvernement (flamand), qu’il n’y aurait plus que neuf ministres en tout mais qu’ "on n’en était pas encore à discuter des postes de ministres". Personne n’était vraiment dupe mais les courriels publiés ce vendredi montrent qu’au SP.A, non seulement tout était déjà plié, mais qu’en plus des personnes n’ayant aucun mandat politique ont joué un rôle fondamental dans cette prise de décision et ne se sont pas gênés pour parler en termes peu amènes de certains ténors du parti.

Qui sont les deux intéressés ? Rutten est directeur de la communication au SP.A ; Schutyser est un ami proche de Caroline Gennez, aujourd’hui avocat mais ancien compagnon de route au sein d’Animo, les jeunes socialistes flamands. La présidente les consulte régulièrement tous les deux.

Que disent les mails ? Tout d’abord, que la pilule de la "vice" sera dure à avaler pour certains - la "vice", c’est Ingrid Lieten, la patronne de De Lijn, qui se retrouve parachutée aux premiers postes. Que "Freya (Van den Bossche - NdlR) ne sera pas contente" mais "Dieu merci, elle a déjà déclaré qu’elle était enceinte et qu’elle ne voulait donc pas devenir "vice". Que ce sera difficile de maintenir Kathleen Van Brempt à l’Economie sociale et à l’Egalité des chances parce que "celle dont elle était la patronne et avec qui elle ne s’entendait pas deviendrait en quelque sorte sa patronne à elle". Que pour Peter (Vanvelthoven), "ce sera difficile" et pour Frank (Vandenbroucke) "pratiquement impossible".

Alors, est-ce grave, docteur ? La politique n’est pas un monde d’anges et les socialistes flamands n’ont certainement pas le monopole de ce genre de pratiques. En interne, c’est typiquement la qualité des intervenants plus que la teneur des propos qui fait débat. Peter Vanvelthoven s’est dit très étonné de ce que "des gens qui n’ont jamais été élus mais qui émargent au SP.A soient impliqués à ce point-là dans la prise de décision". Pascal Smet ne voit pas où est le problème : "La présidente consulte quand même qui elle veut !" Caroline Gennez assume le contenu des mails mais déplore la mise sur la place publique de courriers confidentiels.

Le mot de la fin à un ancien, Johan Vande Lanotte (cité par le "Laatste Nieuws"), qui se dit depuis trop longtemps dans la politique de haut niveau pour être choqué : "C’est comme de voir sa propre mère nue. On se doute bien qu’elle doit ressembler aux autres femmes mais cela fait peur quand même..."