Flandre

La N-VA a réussi en 2012 une percée importante lors des dernières élections communales. Six ans plus tard, le parti veut étendre son emprise locale et ravir la couronne municipale qui ceint le front du CD&V depuis plus d'un siècle. S'ils remportent leur pari, les nationalistes auront bel et bien pris la place des chrétiens-démocrates comme première formation politique de Flandre et pourront envisager avec optimisme l'échéance fédérale, régionale et européenne de 2019. La tâche ne sera pas aisée. La N-VA siège dans beaucoup moins de majorités que le CD&V et compte moins de conseillers communaux que les chrétiens-démocrates. Mais l'urbanisation de la Flandre joue en sa faveur: elle est mieux implantée dans les grandes et moyennes villes que son rival, héraut des campagnes. Les nationalistes sont entrés dans les majorités de 120 communes et districts (dont Courtrai et Malines) et dans près de la moitié d'entre eux, ils ont pris le maïorat, dont Alost, Sint-Nicolas sans oublier le plus emblématique d'entre eux, Anvers.

Pour marquer la continuité des deux scrutins, la N-VA s'est donnée un slogan: "Veilig thuis in een welvarend Vlaanderen" (En sécurité chez soi dans une Flandre prospère). Les mots rappellent les compétences importantes qu'elle a reçues en 2014 - les Finances, l'Intérieur, la Défense et l'Asile et la Migration, au fédéral, et les Affaires intérieures ou la sécurité routière au gouvernement flamand. Et les figures de proue prêtent main forte aux candidats locaux qui aiment à publier les photos les représentant avec Theo Francken ou Jan Jambon.

Si la N-VA a réussi une percée en 2012, la législature ne fut pas pour autant de tout repos. Les dissensions internes ont émaillé les six années écoulées. Elles lui ont ainsi coûté la place dans la majorité à Turnhout au bout d'un an, créé bien des soucis à Courtrai et fait les choux gras de la presse à Gand.

C'est dans le Limbourg et en Flandre occidentale que les nationalistes ont la plus grande marge de progression. Dans la première province, où socialistes et chrétiens-démocrates forment depuis longtemps l'axe dominant, deux figures nationales se présentent: le ministre de la Défense, Steven Vandeput, à Hasselt, et la secrétaire d'Etat, Zuhal Demir, à Genk. Dans la deuxième, la N-VA vise les villes de Bruges et Ostende où les rumeurs d'un accord avec l'Open Vld se font insistantes.

En Brabant flamand, l'homme politique le plus populaire de Flandre, Theo Francken, a préféré rester à Lubbeek plutôt que de briguer la succession de Louis Tobback (sp.a) à Louvain. Le député régional Lorin Parys tentera de profiter du changement d'ère dans la cité universitaire pour briser la majorité sp.a-CD&V et ceindre l'écharpe maïorale.

En Flandre orientale, une autre succession suscite les convoitise: celle de Daniel Termont à Gand. Mais la section locale a vécu un psychodrame au terme duquel la députée européenne Anneleen Bossuyt a pris la première place, l'ex-secrétaire d'Etat Elke Sleurs la dernière et le président de la Chambre, Siegfried Bracke, éclaboussé par l'affaire Telenet, une place de combat.

A Anvers, les nationalistes jouent sur du velours. La province abrite bon nombre des personnalités du parti: Jan Jambon, Liesbeth Homans, Philippe Muyters et, bien sûr Bart De Wever, bourgmestre de la première ville de Flandre, candidat à sa succession. Même s'il est défié sur ses terres par le vice-Premier ministre CD&V, Kris Peeters, même si les écologistes ont le vent en poupe, son éviction du "Schoon Verdiep" paraît peu probable. Si toutefois elle avait lieu, ce serait sans doute un séisme politique et un sérieux coup d'arrêt à la marche triomphante de la N-VA.