Hainaut

L'Unesco a inscrit dimanche au Patrimoine mondial quatre sites miniers majeurs de Wallonie, région du sud de la Belgique, lors d'une réunion à Saint-Pétersbourg, dans le nord-ouest de la Russie.

Il s'agit de sites historiques liés à l’exploitation du charbon : Grand-Hornu, Bois-du-Luc, Bois du Cazier et Blegny-Mine.

Ils représentent les lieux les mieux conservés de l'exploitation charbonnière en Belgique, du début du XIXe siècle à la seconde moitié du XXe siècle, selon la Région wallonne.

La décision d'inscrire ces sites au Patrimoine mondial a été prise par le comité du patrimoine de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture. Il est réuni dans l'ex-capitale impériale russe jusqu'au 6 juillet pour examiner 36 dossiers.

Les quatre sites belges exploitent le terrain houiller qui va du Nord-Pas-de-Calais (France) au Bassin d’Aix-la-Chapelle. Samedi, l'Unesco avait inscrit le bassin minier français du Nord-Pas-de-Calais au Patrimoine mondial.

Le patrimoine houiller représente un lieu de confluence culturelle qui a assimilé des éléments d’origines très diverses, et qui a exercé une influence considérable dans l’Europe et le monde, observe sur son site Robert Halleux, directeur du Centre d’histoire des sciences et des techniques de l'université de Liège.

Du point de vue technologique, les mines, exploitées dès le Moyen-âge, ont intégré des techniques venues de toute l’Europe, notamment de Grande-Bretagne à la Révolution industrielle. Mais le charbonnage wallon est devenu un modèle international, imité notamment en Russie et en Chine, ajoute M. Halleux, qui souligne que les Ecoles des Mines ont formé des ingénieurs du monde entier. Du point de vue social, les charbonnages wallons sont un lieu multiculturel, en raison de l’immigration de la main-d’oeuvre italienne, marocaine, espagnole, polonaise, grecque ou turque, relève l'expert.

Et au niveau architectural, deux sites, Grand-Hornu et Bois-du-Luc, cristallisent d’importants courants internationaux d’architecture et d'urbanisme, conclut-il.

Elio Di Rupo : "Une reconnaissance de la richesse historique wallonne"

Le Premier ministre Elio Di Rupo a salué l'inscription des sites miniers au patrimoine mondial de l'Unesco, dimanche matin, sur son compte Twitter. "Les sites miniers classés: une reconnaissance de la richesse historique wallonne et une formidable opportunité pour le tourisme!", a-t-il commenté quelques heures après l'inscription de ces sites sur l'outil de réseau social.

Carlo Di Antonio : "véritable reconnaissance de l'histoire"

"L'inscription, par l'Unesco, des 4 sites miniers majeurs de Wallonie sur la liste du Patrimoine mondial constitue une véritable reconnaissance de l'histoire, de la diversité et de la richesse des sites miniers de Wallonie et du patrimoine minier wallon en général", s'est réjoui dimanche le ministre wallon en charge du patrimoine, Carlo Di Antonio. "Cette reconnaissance, fruit d'une collaboration constructive, n'est cependant qu'une étape dans la mission de conservation et de mise en valeur des sites miniers", a poursuivi le ministre qui voit dans cette décision de l'Unesco "une extraordinaire opportunité pour le développement patrimonial et touristique en Wallonie".

Selon le ministre, les sites reconnus "condensent sur un espace réduit tous les aspects du patrimoine minier", "illustrent à eux quatre les flux migratoires intenses qu'ont connus les charbonnages wallons" et "témoignent de manière exemplaire de l'expérience de la Révolution industrielle en Europe continentale ainsi que de ses conséquences qui ont façonné nos sociétés actuelles".

Bourgmestre de La Louvière : "Une reconnaissance et un défi"

Le bourgmestre de La Louvière Jacques Gobert a accueilli avec une énorme satisfaction, dimanche, la décision de l'Unesco de faire entrer le site minier du Bois-du-Luc au Patrimoine mondial. "C'est une grande fierté qui est le fruit d'un combat de toutes les forces vives de la région. C'est un sentiment exceptionnel pour La Louvière, dont le Canal du Centre a déjà été reconnu par l'Unesco. Il y a peu de villes au monde qui ont la chance d'être doublement reconnues", s'est réjoui Jacques Gobert.

Celui-ci estime en outre que cette décision constitue "un nouveau défi" pour toute la région. "Nous allons devoir gérer le patrimoine du Bois du Luc où de nombreux travaux ont déjà été réalisés. L'éco-musée et le musée de la mine devront notamment oeuvrer, encore plus qu'hier, à la valorisation du site. Un plan stratégique de valorisation touristique devra être élaboré", a précisé Jacques Gobert.

Le bourgmestre de Blegny salue "1e reconnaissance dans la province"

Marc Bolland, le bourgmestre PS de Blegny, a salué, dimanche, l'entrée de Belgny-Mine au Patrimoine mondial de l'Unesco. "C'est avant tout une reconnaissance du travail effectué par les équipes qui se sont chargées de la réaffectation du site", dont la fréquentation devrait augmenter, a-t-il déclaré. "Depuis la fermeture de la mine en 1980, le site est devenu un bel exemple. Chaque année, il reçoit une centaine de milliers de personnes et il emploie en haute saison 80 travailleurs", a souligné le bourgmestre en se félicitant de "cette première reconnaissance en province de Liège". Les autorités communales de Blegny avaient introduit cette demande il y a trois ans, en même temps que les autres communes wallonnes concernées par les sites du Grand-Hornu, du Bois-du-Luc et du Bois du Cazier.

Une telle reconnaissance devrait attirer de nouveaux visiteurs à Blegny-Mine. "Cette décision aura pour conséquence l'inscription du site sur de nouveaux circuits touristiques. On peut estimer que la fréquentation devrait augmenter de 10 à 15 pc, ce qui est important car Blegny-Mine reste une activité qui n'est pas rentable, seule l'entrée de la mine étant payante", a encore indiqué Marc Bolland.

Bourgmestre de Charleroi : "La mine inscrite dans les gènes"

La décision de l'Unesco d'inscrire les sites miniers du Bois du Cazier, du Grand-Hornu, du Bois-du-Luc et de Blegny-Mine au Patrimoine mondial est importante pour la Wallonie car "les Wallons ont la mine inscrite dans leurs gènes", a affirmé dimanche matin Eric Massin, le bourgmestre de Charleroi.

Pour Charleroi, cette décision coïncide, selon le maïeur carolo, avec d'importants efforts de mise en valeur du site du Bois du Cazier, frappé le 8 août 1956 par une tragédie qui avait fait 262 victimes. "Des moyens importants ont été investis pour faire du site un lieu de mémoire", a rappelé Eric Massin.

L'inscription du Bois du Cazier au Patrimoine mondial devrait permettre d'attirer davantage de visiteurs sur le site et il est possible d'intensifier la politique touristique en lien avec l'aéroport de Charleroi (BSCA), a encore souligné Eric Massin. Un parcours touristique de deux heures au départ de l'aéroport de Charleroi pourrait notamment être mis en place, selon le bourgmestre. "Du côté de Charleroi, nous espérons maintenant que l'Unesco puisse également reconnaître les marches folkloriques de la région, et notamment celle de la Madeleine à Jumet, comme Patrimoine immatériel de l'Humanité", a enfin déclaré Eric Massin.