Hainaut De Tournai à Lille en passant par Courtrai, elle représente un territoire extrêmement vaste de 3 500 km2.

Pour beaucoup de personnes, l’Eurométropole représente un groupement de territoires, ceux de la métropole lilloise, de la Wallonie picarde et d’une partie de la Flandre-Occidentale. Cela s’arrête malheureusement là ; c’est une institution parmi tant d’autres.

Pourtant, au quotidien, ce sont des actions concrètes que mène l’Eurométropole pour faciliter les échanges entre la France et la Belgique sur de nombreux domaines. Loin du côté abstrait que beaucoup pourraient, à tort, lui prêter, l’Eurométropole est en effet entrée dans le concret après dix ans d’existence.

"Si je pouvais utiliser une métaphore, je dirais que l’Eurométropole est en quelque sorte une agence matrimoniale franco-belge qui essaie de marier les projets belges avec les projets français", image Loïc Delhuvenne, le directeur de l’Eurométropole. "Nous travaillons pour faciliter la vie des citoyens vivant à la frontière."

Élus, experts et citoyens ont leur mot à dire

Depuis le 1er janvier 2017, c’est une Eurométropole 2.0 qui est sur les rails. Simplifiée et concentrée autour de trois thématiques, à savoir le redéploiement économique via le numérique, la formation et la mise à l’emploi ainsi que l’ancrage du développement durable dans la mobilité, les énergies et le développement du Parc bleu.

Fini également de voir des élus décider pour les citoyens sans avoir leur avis. En effet, le Groupement européen de coopération territoriale (GECT) a retravaillé sa méthode afin d’arriver à une gouvernance citoyenne. "Nous avons organisé des groupes de travail ouverts à tous, où tout le monde était au même niveau, le citoyen avait la même voix que le politique", assure le directeur de l’Eurométropole. "Chacun avait son mot à dire, que ce soit les élus, les experts ou les citoyens."

L’Eurométropole touche d’ailleurs du doigt la notion de démocratie participative. "Si l’on touche les citoyens, on touche l’utilisateur final et c’est bien là le plus important. Et, pour cela, nous devons nous exprimer comme tout le monde et arrêter d’intellectualiser. L’Eurométropole est désormais dans le concret au travers de multiples actions et projets."


Success story de la start-up tournaisienne Homméos

Le 14 septembre dernier, un accord de collaboration entre trois pôles d’excellence en matière de numérique a pu voir le jour, à savoir entre EuraTechnologies à Lille, Hangar K à Courtrai et le Quartier numérique de Wallonie picarde. Cela fait partie de l’un des trois axes de l’Eurométropole 2.0 : le redéploiement économique via le numérique.

"Grâce à cet accord, nous participerons ensemble prochainement à la Smart City Expo World Congress de Barcelone", détaille Loïc Delhuvenne. "Nous nous y rendrons accompagnés de start-up qui seront visibles à côté de représentants de Scandinavie, de New York, de Hong Kong, etc. Cela leur donnera évidemment plus de visibilité que si des Tournaisiens ou des Courtraisiens s’y rendaient seuls."

Un modèle unique en Europe

Le journal Le Monde avait d’ailleurs mis en avant l’Eurométropole lors de sa première participation à la Smart City Expo World qui se tenait alors à Rome. "Ce que nous faisons n’existe nulle part ailleurs en Europe. Nous sommes là pour les Belges qui veulent se développer en France et vice versa. Nous ouvrons les portes pour contacter les bonnes personnes, on organise les rendez-vous. Nous aidons aussi les Flamands en leur faisant la traduction quand cela est nécessaire."

La start-up Homméos en est d’ailleurs l’exemple le plus concret. "Il y a quelque temps, j’avais reçu un appel du Tournaisien Simon Vancoppenolle. Il voulait développer son idée de prêt-à-porter masculin mais ne voulait pas être incubé à Paris ou Bruxelles. Il souhaitait rester au sein de l’Eurométropole car il était intéressé par la dimension franco-belge. Nous l’avons mis alors en contact avec Blanche Maille, un incubateur e-commerce à Roubaix soutenu par EuraTechnologies. Lui et son partenaire sont entrés dans le dispositif et ont monté les échelons au point de devenir bankable tout doucement et de s’approcher d’une PME."

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Faciliter la mobilité transfrontalière

Il n’est pas rare de voir des habitants de Wallonie picarde se rendre de l’autre côté de la frontière en transports en commun. Sans le savoir, vous usez alors peut-être d’un avantage obtenu par l’Eurométropole, après un accord conclu entre la SNCB et la SNCF, via le billet trampoline, un titre de transport transfrontalier au prix de 8 euros. "Nous travaillons régulièrement en collaboration avec les acteurs majeurs de la mobilité", souligne le directeur de l’Eurométropole qui illustre ses propos avec un exemple concret.

"Lors du match Belgique - pays de Galles à l’Euro 2016, les Belges étaient venus voir le match en voiture. Après celui-ci, l’autoroute était saturée. Nous sommes partis de ce constat en nous disant que c’était bête de ne pas avoir réfléchi à cette problématique en amont. Dès lors, lors de la finale France - Belgique en Coupe Davis, nous avons réussi à passer un accord avec la SNCB et la SNCF pour renforcer l’offre de trains pour ramener les Belges chez eux."

Privilégier les transports en commun en cas de pollution

Loïc Delhuvenne souhaite aller plus loin encore dans la démarche. "À Lille, la vignette Crit’Air est obligatoire. Du coup, en cas de mauvaise qualité de l’air, le préfet peut prendre un arrêté pour y interdire le passage de certains véhicules. Si le Belge qui souhaite alors se rendre à Lille n’en est pas informé, il peut être pris en otage. Il faut donc une meilleure communication. Je prône aussi le passage des billets trampoline de 8 à 4 euros en cas de pic de pollution pour privilégier les transports en commun... L’idée est en cours."

L’Eurométropole réalise aussi des tests grandeur nature avec des étudiants. "Nous demandons par exemple à des Français de se rendre à Pairi Daiza en transports en commun. Après avoir réalisé ce trajet, ils nous expliquent alors si le voyage s’est bien passé ou s’il a connu des coupures ou d’autres problèmes afin de pouvoir les résoudre."

Une vaste campagne de communication a enfin été lancée avec plusieurs partenaires de la mobilité (De Lijn, SNCB, SNCF, Tec, Transpole, etc.) pour mettre en lumière tous les moyens de transport au sein de l’Eurométropole. "Cette campagne, comme toutes les autres, a évidemment été réalisée en français et en néerlandais pour toucher tout le monde."


Des échanges de l’école à la recherche d’emploi

L’Eurométropole 2.0 s’est donc enfin également axée sur la thématique de la formation et de la mise à l’emploi. Et c’est très tôt que cela commence puisque des jumelages scolaires linguistiques ont récemment vu le jour.

"Ils apprennent alors les rudiments de la langue française pour les uns et néerlandais pour les autres pour qu’ils puissent échanger ensemble sur la question climatique. C’est important d’initier des prises de conscience", assure Loïc Delhuvenne.

L’échange franco-belge doit alors se faire à tous les étages de la société, selon le directeur de l’Eurométropole. C’est pour cela qu’après le jumelage scolaire, ce sont les stages en entreprise pour les Belges en France et pour les Français en Belgique qui ont été développés.

"Cela paraît simple mais cela n’était pas possible ou très compliqué puisque les législations sont différentes. En France, le stage est rémunéré. Pas en Belgique où l’assurance est prise en compte par l’employeur, ce qui n’est pas le cas en France. Il fallait que cela change. Alors, après avoir répondu à un appel à projets pour la formation en alternance, nous avons reçu un financement européen pour tester l’échange de douze apprentis. Ainsi, un apprenti boucher belge pourra aller s’exercer en France demain et l’inverse est également vrai."

Partenariat Forem, VDAB et Pôle emploi

Et pour boucler la boucle, l’Eurométropole travaille également avec les différents services publics dans la recherche d’emploi avec le Forem côté wallon, le VDAB côté flamand et le Pôle emploi côté français.

"Après avoir mis les différents acteurs autour de la table, nous avons réussi à nous mettre d’accord sur l’emploi et les compétences sans frontières", détaille Loïc Delhuvenne. "Ainsi, il est maintenant possible pour un francophone de retrouver des offres d’emploi flamandes ou françaises sur le site du Forem, idem pour le Flamand. Auparavant, il existait déjà des conseillers en emploi mixte, français et belge. Le constat était cependant insuffisant et nous avons donc créé cette plateforme pour être encore plus performant."


"Un rempart face à l’extrémisme"

Tournai L’Europe ne fait pas toujours l’unanimité au sein des pays membres. Lors des présidentielles françaises, Marine Le Pen, candidate du Front national qui s’était qualifiée au second tour, souhaitait d’ailleurs quitter l’institution. Au sein même de l’Eurométropole, on retrouve des communes françaises dont le vote aura été majoritairement tourné vers la candidate du FN. "Il y a un fameux paradoxe dans cette histoire, souligne Loïc Delhuvenne. Les personnes qui ont voté Le Pen et qui sont contre l’Europe diront dans une même interview qu’ils sont finalement contents que les frontières n’existent plus pour venir chercher du tabac ou boire une bière en Belgique. C’est par la pédagogie qu’on luttera contre ça." L’Eurométropole se veut donc un outil permettant une meilleure intégration européenne. "On est un rempart face à l’extrémisme. On ne doit pas et on ne fait pas de politique mais on doit dire simplement ce que peut nous apporter l’Europe."