Hainaut Le doyen des paroisses décrit les mutations de l’Eglise catholique.

Comment se porte l’Eglise à Charleroi ? Nous avons rencontré Luc Lysy, l’un des curés de onze des trente-cinq clochers carolos, soit 70 000 habitants environ, et doyen principal pour la région du grand Charleroi.

Comment va l’Eglise ?

Plutôt bien, il y a depuis des décennies une baisse du nombre de pratiquants, ce n’est pas un secret, mais il faut remarquer qu’encore 45 % des familles demandent le baptême, même si seulement 2 % continuent à pratiquer par la suite. Il y a 10-15 ans, c’était une tradition, mais aujourd’hui la nouvelle génération trouve qu’il y a quelque chose d’important, de bon pour eux, et ils se posent la question : est-ce que l’on baptise notre enfant ? Dans la moitié des cas, la réponse est oui. On peut aussi noter que 20 % des jeunes se déclarent catholiques, même si peu pratiquent.

C’est un fameux changement.

Oui, et c’est pour ça qu’à Charleroi, et un peu partout d’ailleurs, l’Eglise est en pleine métamorphose. On se diversifie en fait, parce qu’il faut pouvoir répondre aux attentes des communautés telles qu’elles sont aujourd’hui : il y a moins de pratiquants, mais ceux qui sont impliqués le sont à fond.

Se diversifier ?

Oui, on est en pleine refonte des paroisses à Charleroi. Telle communauté de tel clocher va pouvoir se spécialiser sur un aspect, par exemple à tel endroit il y a beaucoup de jeunes, ils vont faire des camps pendant les vacances, et à tel autre l’église est facile d’accès et il y a donc beaucoup d’enterrements, la communauté va plutôt se concentrer sur l’accompagnement du deuil. L’idée, c’est de redonner un visage propre à chaque communauté, que ça ne soit pas des copier-coller.

Se transformer pour ne pas disparaître ?

Pas vraiment. Notre mission, c’est d’être témoins de l’Evangile, de la Bonne Nouvelle de Dieu. Il y a des nécessités matérielles, par exemple des églises pour les offices, ou des salles pour des lieux d’échange et d’entraide. Mais ce qui compte, ce n’est pas le matériel : on n’est pas là pour faire venir des gens, pour remplir les églises. Si l’on fait ça, c’est que l’on est déjà perdus.

On dit, justement, que vous ne faites pas "que" de la religion.

C’est exact. Moi, je passe un quart de mon temps à faire des offices, et les trois quarts, c’est animer des groupes, soutenir des personnes. Vous n’imaginez pas tous les gens qui entrent dans la basilique Saint-Christophe, qui poussent un cri de détresse, même s’ils ne sont pas croyants, parce que rien d’autre ne peut les aider. Ils portent des choses tellement lourdes, ils ont atteint les bas-fonds de la condition humaine, ils ont tout perdu. Que ça soit un abîme moral, ou matériel. Et là, notre message de vie peut les aider. C’est tout ce que fait l’Eglise, mais que l’on ne voit pas : l’accompagnement, que la personne se sente comprise et acceptée. On ne demande pas d’affiliation, la gratuité est une notion très importante. On ne cherche pas à se vendre par tous les moyens.