Hainaut

Samedi, le bourgmestre de Mons, Elio Di Rupo, en accord avec toutes les parties, a finalement décidé de faire démonter l’entièreté de la sculpture d’Arne Quinze, The Passenger, ce mikado géant qui couvrait le haut de la rue de Nimy, en arrivant à la Grand Place de Mons. L’oeuvre devait être un des phares de Mons 2015 et rester cinq ans, elle ne sera restée qu’une poignée de semaines. Inaugurée le 2 décembre, elle s’affaissait partiellement le 24, à cause d’une poutre défectueuse, était réparée, mais cet arc de 70 km de planches et poutres en pin de Suède avec 80 000 vis, continuait à poser des soucis. Vendredi, lors des travaux de renforcement, on a décelé de nouveaux points d’affaissement. Yves Vasseur, directeur de Mons 2015 explique : « On voulait enlever la partie gangrenée, mais tout était solidaire, et il y avait des métastases partout. »

Pour clore le débat car les moindres bruits de craquements inquiétaient la population. et par souci de sécurité, on a donc tout démonté et ce lundi, la rue de Nimy est rouverte, sans traces de l’oeuvre.

« J’en suis très triste et cela va alimenter les grincheux, explique Vasseur, mais ce n’était qu’un projet sur les 300 de Mons 2015 et je suis très fier que cette œuvre magnifique ait pu rayonner dans la ville. »

Qui va payer ?

S’il est acquis que le coût du démontage et du nettoyage est à charge de l’artiste, rien n’est clair pour la suite. On ne refera pas la même chose, cela semble clair. Mais Arne Quinze laissera-t-il néanmoins une « trace » plus modeste ailleurs dans la ville ? Une question liée au coût de cet accident. L’œuvre a couté près de 400000 euros à la Fondation Mons 2015. La Fondation 2015 peut-elle réclamer un dédommagement ? A l’artiste ? Au fournisseur du bois ? Pas sûr.

Elio Di Rupo et la Fondation Mons 2015 ne voulaient plus que ce mauvais suspense (tiendra, tiendra pas ?) vienne gâcher la grande fête d’ouverture de Mons 2015, ce 24 janvier. L’incident le plus anodin aurait à nouveau enflammé les esprits. « Nous sommes soulagés de ne plus vivre dans cette angoisse qu’on a connu depuis le 24 décembre », ajoute Yves Vasseur.

Coup dur certes pour Mons 2015 et pour ceux qui voyaient en cette œuvre un signe tangible de la « métamorphose de la ville ». Arne Quinze est d’abord un designer, un graphiste de rues dont les « puzzles » de bois changent les rues et le regard des passants, les amenant ensuite, espère-t-il, vers les musées. Cet échec donnera un temps du grain à moudre aux plus conservateurs.

Coup dur surtout pour l’artiste dont on ne comprend pas qu’il ait construit une structure si fragile. Il a déjà réalisé sans incidents des dizaines d’installations semblables, parfois bien plus grandes (le pont de Rouen). Il est entouré d’une équipe comprenant architecte et ingénieur. Avant l’inauguration, il nous avait dit : « Certes, la structure va se modifier un peu avec le temps, mais on pourrait même poser dessus un camion qu’elle résisterait. Au Nevada, j’en ai construit une, il y eut un ouragan qui a tout détruit autour, sauf ma sculpture. »

Car ne nous trompons pas, même si Arne Quinze a un physique de rockeur -cheveux longs, favoris, tatouages sur tout le corps-, ce Flamand de Laethem-Saint-Martin est un pro, fortement entouré et devenu une star mondiale partageant son temps entre la Chine où il passe 40 % de son temps et la Belgique. Hélas, à Mons, la population ne laissera même plus le bois « jouer » et s’adapter.

Il devra analyser ce qui s’est produit car il a encore bien des commandes dont une installation dans le paradis de l’art contemporain, le parc Inhotim à Belo Horizonte au Brésil.