Hainaut

En Wallonie, jamais une œuvre classée n’a été démolie pour être… reconstruite. À Charleroi, c’est pourtant le sort qui attend l’immeuble De Heug sur le quai de Brabant. Œuvre de l’architecte Marcel Leborgne qui l’a dessiné en 1933, le bâtiment aux formes arrondies a été classé en 1995.

La nécessité d’abattre

Après une décennie d’inoccupation, son état sanitaire s’est terriblement dégradé. Les bétons et la structure sont à ce point altérés qu’il n’est plus possible d’envisager une simple restauration. Deux expertises commandées l’une par le propriétaire et l’autre par la Région wallonne concluent à la nécessité d’abattre et de ne préserver que des éléments intérieurs classés (la cage d’escaliers et l’ascenseur).

Une fausse bonne idée ? Dans le prolongement de ses missions photographiques sur Charleroi, le musée de la Photo a organisé le débat sur ce dossier "sensible".

On ne peut que déplorer l’absence du bouwmesster carolo, auquel a suppléé son collègue de Bruxelles Olivier Bastin. Pour l’architecte Nicolas Creplet, spécialiste des restaurations et auteur d’une étude sur De Heug, il n’y a pas de salut en dehors d’une opération de démolition-reconstruction.

C’est là que les avis divergent : la crainte est de voir renaître des cendres de l’original ce qui ne sera qu’une pâle copie remise aux normes actuelles. Avec d’autres châssis et vitrages, d’autres volumes intérieurs, d’autres matériaux. En un mot, un pastiche de l’œuvre de Leborgne, d’autant qu’il faudra l’adapter à sa nouvelle affectation.

À ce sujet, rien n’est encore tranché, assure l’échevine du Patrimoine véronique Salvi, même si le projet d’accueillir une auberge de jeunesse a été évoqué.

Un projet moins couteux

Ce qui donne un bel argumentaire au promoteur pour défendre un projet moins couteux qu’une vraie restauration. Secrétaire de la commission royale des monuments et sites, Anne Van Loo estime qu’à défaut de pouvoir conserver l’immeuble tel qu’il existe, il faut accepter le principe de le voir disparaître sans chercher à en maintenir un semblant d’image.

Dans sa région natale où il a tant construit, Leborgne n’a déjà que trop souffert des démolitions, ajoute le sociologue Benoît Dusart.

L’exemple de la maternité reine Astrid est le plus criant. Pour Salvi, il est important de préserver le symbole que représente cet immeuble dans le paysage urbain. La fin justifie-t-elle les moyens ? C’est ce dont l’historien André Lierneux veut avoir le cœur net. Il lui semble opportun de réaliser une nouvelle expertise, indépendante cette fois.

D.A.