Hainaut

Le rideau n’est peut-être pas définitivement tombé sur le Royal d’Écaussinnes. Le café, décoré des fresques d’Henri Lejeune, que Julos Beaucarne surnommait le Michel-Ange des Scaussinous, a connu son heure de gloire à l’époque du cinéma muet et dans les premières années de sa version sonore. Fermé depuis plusieurs années, le bâtiment est mis en vente par les enfants des illustres tenanciers de l’époque.

La commune d’Écaussinnes avait bien introduit une demande auprès de la commission wallonne de sauvegarde du patrimoine pour tenter de préserver ce lieu emblématique et les fresques d’Henri Lejeune. Mais la demande avait été rejetée. Peu convaincu par les arguments de la commission, le bourgmestre Xavier Dupont envisage d’introduire un nouveau dossier.

En attendant, un cinéphile originaire d’Écaussinnes et exilé à Bruxelles s’intéresse au Royal. Yves Verliers connaît bien le cinéma. Aujourd’hui retraité, il a officié dans les coulisses de l’audiovisuel. Il a d’ailleurs travaillé au Royal dans les années 70. Son rêve ? Remettre la main à la pâte.

"J’ai toujours voulu ouvrir un petit cinéma, confie Yves Verliers. J’avais entendu dire que le Royal était à vendre et je suis donc revenu à Écaussinnes pour jeter un œil. On observe un retour des petites exploitations comme à Waremme ou Rixensart, grâce au numérique. Dans le temps, un distributeur achetait 10 copies d’un film et les passait d’abord dans les grandes salles, puis dans les petits cinémas. Aujourd’hui, avec le numérique, on peut beaucoup plus facilement obtenir des films."

La partie n’est toutefois pas gagnée d’avance, même si le potentiel est là. "Quand je travaillais au Royal, le cinéma pouvait accueillir jusqu’à 400 personnes, poursuit Yves Verliers. Si on rénove la salle, nous pourrions installer 200 places très confortables. Mais il y a des travaux à réaliser et j’évalue les coûts aux alentours de 600 000 euros. Le café et les peintures d’Henri Lejeune seront sauvegardés évidemment. L’établissement ouvrirait pour permettre au spectateur de boire un verre en allant voir un film. L’idée n’est pas d’en faire un café traditionnel avec une poignée de piliers de comptoirs en permanence, ni d’accueillir des mariages. Par contre, on peut imaginer en plus des projections de films des événements culturels. Mais le projet ne sera pas réalisable sans l’aide des pouvoirs publics. Une ASBL pourrait ensuite faire fonctionner le cinéma."

L’emploi du conditionnel est de mise. Pour l’heure, le retour du septième art au Royal relève du rêve. Mais Yves Verliers est prêt à prendre son bâton de pèlerin pour le concrétiser. Ça tombe bien, le natif d’Écaussinnes se dit tenace.